11 août 2017 ~ 0 Commentaire

Des fragments Spirituels

 

 A force de nous contraindre à avoir besoin des autres pour les choses les plus élémentaires, la douleur invalidante brouille l’image que nous avons de nous-mêmes. Tous ceux qui passent par le fer de la souffrance le savent : on est seul à savoir ce qu’on souffre. Seul à savoir ce qu’est sourire pour donner le change. Seul à savoir ce que coûte la joie de ne pas se résigner à renoncer aux menus plaisirs de l’existence. 

CRISTAL

Dans leur sollicitude, les autres ne vous abordent plus que par le biais de votre maladie. La relation avec eux n’est pas facile ; d’un côté, ils craignent que vus soyez enfermé dans la maladie ; d’une autre, ils se préoccupent dans cesse de savoir comment vous allez. Quand on est saturé de souffrir, on n’a pas envie de raconter sa douleur ! Vous n’êtes plus celui que vous étiez, vous êtes cet autre, devenu malade, comme si votre personnalité profonde avait changé. Et c’est vrai qu’elle a changé… En particulier, parce que savez que la maladie, lentement mais sûrement, cause des dégâts irréversibles. 

C’est typique pour un diabétique insulino-dépendant qui constate peu à peu que sa vue se trouble et que les neuro-pathologies apparaissent. Que vais-je devenir ? Qu’est-ce qui va encore m’arriver ? Mais c’est la nuit surtout que le cerveau travaille. 

L’angoisse, oiseau de nuit, se pose sur les branches mortes de votre sommeil pour vous déchiqueter de l’intérieur. L’inconscient libère des peurs informelles. On rumine. Tout s’amplifie. Quand se forment les brumes du réveil, une résistance intérieure vous ligote, vous empêche de vous lever. Paralysée par l’appréhension de voir recommencer un jour dont la solitude sera rythmée par la douleur, la volonté est inhibée ; Mais l’heure impitoyable de la première piqûre matinale vous somme de sortie du linceul des fantasmes. La journée commence souvent avec un goût de mort et de cendres dans la bouche pâteuse. Envie de mourir comme une envie de vomir. En réalité, ce n’est pas la mort que l’on désire, mais la vie. 

Mais ces longues journées entrecoupées de pauses allongées pour lutter sel contre la douleur altèrent ce qui a fait une partie de l’amour de vivre, de cette énergie vitale qui se transforme en travail. Toutefois, Pierre Talec ne considère pas la nomination officielle qu’il a reçue de l’archevêché, « prêtre en congé de maladie » comme un temps mort. C’est une autre mission donnée directement par l’Esprit, celle de la compassion partagée et de la fidélité dans l’amitié. 

Plus la fidélité prend de l’âge, plus elle devient un grand cru d’amour. Pour ce qui le concerne, il ne peut pas parler de solitude, d’isolement ou d’abandon tant qu’il est comblé par ses frères et sœurs ; difficile d’être plus soudés. Des prêtres eux aussi devenus des frères. A un moment du travail pastoral leurs routes se sont croisées ; Elles se sont séparées au gré des nominations à d’autres postes. Qu’importe. Ils sont toujours attentif s, attentionnés, avec cette connivence qui naît d’une communauté de destin. Et puis, els quelques amis en or éprouvés par la patine des années, ces anciens paroissiens qui, plus de trente ans après ne manque pas de vous souhaiter votre fête. A propos de cette amitié, Pierre Talec dira la part irremplaçable de la présence de femmes amies. 

Quelle source de rafraîchissement dans la « soli-douleur », un monde sans femmes serait un monde impossible, un monde dur, sans cette tendresse qui est leur grâce, cette transparence cristalline qui est apaisement, douceur. Il a la conviction que les femmes ont une force psychique plus soutenue que les hommes. Ce sont des clichés psychologiques que de prétendre : « les femmes sont plus sensibles que les hommes ». Ce n’est pas une question de plus. Elles le sont autrement, selon leur constitution faite pour transmette la vie et la préserver. De ce fait, malgré les apparences, elles sont moins fragiles que les hommes qu’on dit plus forts… Au passage, il ne résiste pas au désir d’évoquer les nombreuses mentions de l’entourage féminin de Jésus dans les évangiles. Elles ne lui apparaissent pas comme des remarques anecdotiques. Elles font partie intégrante de la Bonne Nouvelle. Oui, la place qu’occupent les femmes dans la vie de Jésus est une Bonne Nouvelle. Cette place, à bien y regarder – relisez les textes – n’est pas tellement moins grande que celle des disciples. 

C’est une femme, Marie, qui a donné vie au Fils de Dieu. C’est encore elle qui reçoit sa mort, il est vrai avec le disciple bien-aimé. Au pied de la Croix, le cœur transpercé, elle est peut-être en larmes. Tout le monde est parti. Le monde entier est sauvé sans le savoir. Sans savoir ce qui aurait été l’éternelle solitude sans Dieu. Elle se tient debout. Stabat Mater. Deux mots, une immense prière. 

Et le matin de la Résurrection, le premier témoin, c’est encore une femme ; Une autre Marie, la Madeleine. Elle n’a que ce mot : Rabbouni ! Un seul mot devenu prière d’amour. Si l’on pense que les autres enrichissent notre, on peut aussi penser que la féminité a enrichi l’humanité de Dieu sur terre. Aux yeux de Pierre Talec, ce n’est pas le moindre aspect de la vocation des religieuses que de rendre témoignage à cette grâce de la féminité qui est en Dieu. Pour une religieuse, ce n’est pas seulement la virginité de toute une vie qui est consacrée à Dieu, mais plus globalement sa féminité. 

Extrait du livre : LA SOLITUDE DOUCE AMERE

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