18 novembre 2016 ~ 0 Commentaire

des PERSONNES rencontrées LA-HAUT

 

Est-ce qu’il arrivait à ceux de « là-haut » de se tromper ? Et s’ils se mettaient en tête que je devais mourir ? Et s’ils venaient me chercher pendant mon sommeil ? Je ne me réveillerais peut-être pas. Et s’ils venaient chercher mon père et ma mère ? Depuis le canapé devant la télé, cette dernière m’enjoignait d’une voix lasse de me rendormir. Il était rare qu’elle vienne dans ma chambre. Quand elle apparaissait sur le seuil, c’était surtout poussée par la colère, parce que j’allais réveiller Sofia avec mes hurlements et la lumière allumée.

la haut

Je restais donc dans mon lit avec ma sœur endormie de l’autre côté de la chambre exiguë, et je me repassais la fin du film. Elle était sans doute censée être heureuse. Le héros pouvait en effet continuer à vivre, et il trouvait même l’amour dans son nouveau corps. Si la fin était heureuse, tout allait bien. Mais, moi, elle m’angoissait, même si ce mot ne faisait pas encore partie de mon vocabulaire. Est-ce que la vie en elle-même, le fait de vivre, était plus important que la manière dont on vivait ? Est-ce que toutes les expériences, les relations et les souvenirs qu’on accumulait étaient dénués d’importance ? Pouvait-on simplement tout échanger contre un nouveau corps et une nouvelle personnalité et continuer à vivre ? Que restait-il de nous ? Le personnage du film avait pu poursuivre sa route, bien que sous une nouvelle identité, ne conservant que de vagues réminiscences de son existence antérieure. Et si ça m’arrivait ? Et si un esprit négligent commettait une erreur et m’extrayait de mon corps pour me flanquer dans celui de Petra, de Felicia ou – pensée affreuse – dans celui d’Ylva ?

Je serais obligée de vivre leur vie, de retrouver leur famille après l’école, d’aller dans leur chalet à la campagne, d’avoir leurs verrues et leurs fautes aux devoirs de maths. Moi, je n’en faisais pas, et je ne voulais pas faire celles des autres. Parfois ces pensées me plongeaient dans un tel état de panique que je me glissais auprès de ma mère devant la télé. Même si ça la mettait en colère. Elle était là, avec sa cigarette, et pour une fois sa faiblesse tournait à mon avantage. Elle me laissait rester à côté d’elle jusqu’à ce que ma tête tombe de fatigue sur ses genoux. Le matin, je me réveillais sous la couverture en laine qui sentait le tabac. L’étoffe rugueuse du canapé avait laissé des marques sur ma joue et je frissonnais dans le courant d’air de la fenêtre, laissée ouverte pour aérer la pièce. Le cendrier sur la table était vide et nettoyé, mais ma mère n’avait pas eu la force de me porter jusqu’à mon lit. Ce n’était pas grave, parce qu’au moins, j’étais moi et je vivais ma propre vie.

EXTRAIT DU LIVRE  QUE JE VENDS ICI QUELQUE PART EN NOUS

La bibliothèque de Francesca http://devantsoi.forumgratuit.org/

 

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