31 août 2016 ~ 0 Commentaire

Sur le chemin des pénitences

 

Timothy ne cessait de balancer entre une fureur vengeresse et le sentiment de sa propre culpabilité. Il ne pouvait se pardonner d’avoir causé l’exile de la jeune fille et finit même par écrire au rabbin pour réafirmer sa responsabilité dans ce malheureux incident et le supplier d’en faire retomber, sur lui seul, les conséquences.

Il acceptait, cependant, la nécessité d’en faire pénitence. Parmi les textes et les prières qu’il lui avait été ordonné d’apprendre par cœur, figuraient les paroles de l’apôtre Paul :

« Je suis persuadé que ni la mort, ni la vie, ni les anges… ne pourront nous écarter de l’amour de Dieu, qui est en Jésus-Christ Notre Seigneur ».

Chemin des pénitences

Si souvent qu’il se répétât ce passage, rien ne pouvait effacer de sa mémoire les versets du Cantique des Cantiques qu’il avait lus avec Déborah, dans la mesure où il savait ce que ces mots signifiaient pour elle : « L’amour est aussi fort que la mort ».

Il tenta de s’abîmer dans la prière. Et il se rendit, trois week-ends de suite, à des cursillos. Ces retraites intensives organisées par les jésuites offraient la possibilité, à des personnes comme lui, de descendre en elles-mêmes afin de pouvoir remonter ensuite, avec une ferveur accrue, à la rencontre de Dieu.

A l’insu de sa famille, il s’imposait des jeunes sévères et souvent, le soir, priait à l’église pendant des heures. Une telle conduite ne pouvait demeurer longtemps inaperçue, particulièrement dans une si petite paroisse. C’est ainsi qu’une nuit où il méditait, à genoux, la tête dans ses mains, le père Hanrahan s’arrêta près de lui en murmurant : « Timothy, l’évêque Mulroney désire te voir à onze heures, demain matin ».

Timothy repartit des bureaux du diocèse plus bouleversé qu’il n’y était arrivé. Ce que l’évêque appelait sa « dévotion » n’était rien de plus, il le savait, qu’un désespoir frénétique. Il ne cherchait qu’à fuir, renoncer au monde. Et par la même occasion, s’exorciser du souvenir de Déborah Luria. Il s’arrêta au premier carrefour, sous un lampadaire et sortit de sa poche une feuille de papier pliée en quatre déjà froissée par de nombreuses lectures.

Cher Timothy,

Je suis conscience du danger, mais c’est ma dernière chance de communiquer avec toit.

Ils m’envoient an Israël, dès demain. Pour être honnête, je me sens coupable d’avoir offensé ma religion et mes parents. Mais je me sens encore plus coupable vis-à-vis de toi.

Toi qui n’as jamais agi qu’avec une telle amitié, une telle pureté, j’espère que tu n’auras aucun ennui à cause de moi…. Nous ne nous reverrons jamais, sans doute, et mon cœur saigne de cette idée. Mais j’espère, malgré tout, occuper toujours une petite place dans tes pensées.

Bien à toi « D ».

Avec une clarté absolue, Timothy eut soudain conscience de vivre le moment le plus important de sa vie, à la croisée de deux routes menant chacune à un point de non-retour. Par l’intermédiaire de son évêque, Dieu ne venait-il pas de lui indiquer laquelle suivre ? Avait-il encore le choix ? Il se mit à déchirer la lettre. Mais quand il en dispersa les morceaux dans une proche corbeille, il se brisa, tout entier, en larmes convulsives….

Extrait du livre sur ce blog ACTES DE FOI de Segal

La bibliothèque de Francesca http://devantsoi.forumgratuit.org/

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