26 juillet 2016 ~ 0 Commentaire

Du côté d’où viendra le jour

 

 le jour

Voyez-vous Nymphe, il y a dans ma présence ici, en dépit d’une impulsion amicale bien naturelle, quelque chose qui m’étonne moi-même. Je ne comprends pas pourquoi, après un long sommeil de mémoire, vos visages, le vôtre, celui de Daphné, sont revenus me hanter. Dès que je les écartais, un fait menu, insignifiant, les ramenait devant moi. Pourquoi ? 

J’ai cru que c’était d’abord l’influence d’un rêve où cependant vous ne figuriez ni l’une ni l’autre, mais seulement mon père, tel qu’il est demeuré pour mi, oppressant, tyrannique, refusant d’être mort, allant et venant au bord de sa tombe, me suivant, s’imposant à moi au point que j’entends son pas, la nuit, que je perçois les remous de l’air divisé par sa cape de soirée, cette cape sur laquelle il y avait toujours un cheveu blond. Mais ce rêve, à la réflexion, il m’avait peut-être été dicté par une association d’images dont les images auraient disparu, dont il ne resterait que le sens. Oh ; je sais ! Je ne m’explique pas bien. On trouve des mots pour les choses visibles, mais pour celles qui n’existent que dans l’imagination, il n’y a vraiment pas de vocabulaire. 

-      Je vous comprends Armande ! Continuez. Quelle était cette association, cette suggestion ? 

-      Ah ! c’est cela, une suggestion, mais tellement vague et futile. Mère a voulu, l’autre jour que je lui retrouve un rabat de dentelle, qu’elle portait autrefois, et en fouillant dans un coffret, je l’ai découvert ainsi qu’une collerette de tulle portée par Daphné le soir du dernier bal blanc. J’ai revu alors Daphné entrant dans ma chambre, sans doute pour me faire admirer son costume. Vous occupiez la chambre à côté de la mienne, vous souvenez-vous ? 

-      Je me souviens. 

-      Mère était avec moi, me grondant pour je ne sais quelle raison, me tarabustant, comme il lui arrive encore souvent de la faire, probablement parce que je ne correspondons pas à la fille idéale qu’elle eût souhaitée, de sorte que Daphné fit tout juste une pirouette et sortit sans avoir dit un mot. Mais cela me parut très important, très significatif, comme si j’avais entendu quelqu’un, au milieu de la nuit, m’appeler brusquement par mon nom. J’ai voulu oublier, mais je n’ai pas pu. J’aurais voulu savoir pourquoi mère avait gardé cette collerette. 

-      Vous ne le lui avez pas demandé ? 

-      Non, je crois que je n’ai pas osé. Mais ce n’est pas seulement la crainte qui m’a empêchée de le faire. C’est le sentiment que le message, si message il y a, ne concernait que moi. Que mère n’avait plus rien à vois là-dedans, que son rôle était fini que le mien commençait. C’était mon tour d’agir. Agir comment ? Tout cela m’a préoccupée, plus obsédée. Afin d‘échapper à cette obsession, je suis allée à l’œuvre. En général, je n’attache pas grande importance aux réunions, et du reste, on aime mieux, en ce qui me concerne, une subvention qu’un avis. J’ai si peu d’expérience. Seulement, cette fois, tout était différent ; on a sollicité mon opinion au sujet d’une personne dont on ne savait si elle devait ou non bénéficier de notre assistance. Et comme je vous l’ai dit, cela m’a amenée à parler de Meudon. 

Vous vous souvenez du portique dans la clairière, de nos drôles de costumes à toutes trois ? Et en sortant, Mme Grimbert tout naturellement m’a parlé de vous. Vous voyez que dès le début je vous ai dit la vérité, mais j’aurais dû faire remonter mon récit à son point de départ. Et je dois ajouter que si Mme Grimbert ne m’avait pas donné votre adresse, j’étais résolue à la trouver dans les archives de l’œuvre. 

… Le sérieux visage mat racontait, sous ses lignes tranquilles, une longue histoire de tourments muets, ensevelis. Le bonheur n’habitait point là, mais une résignation inconsciente, une immobilité d’atrophie. Nymphe croyait aux détours infinis de la grâce. Elle savait aussi qu’elle peut frapper comme la foudre, que ses voies sont mystérieuses, et que peut-être elle agissait en cet instant et qu’elle en était l’instrument. Elle eût voulu pourtant se montre habile et clémente. La vérité parla plus fort, plus haut que ses scrupules. Aussi bien, s’il fallait vraiment que tout fût dit, pourquoi ne pas le dire vite, et brider la plaie d’un seul coup ? N’était-ce pas là ce qu’Armande elle-même souhaitait ?

 

Extrait du livre en vente ici sur ce blog DES FAMILLES, DES SECRETS

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