06 février 2016 ~ 0 Commentaire

L’expression écrite pour communiquer

 

L’écriture est l’un des piliers de nos sociétés occidentales: le nombre des illettrés diminue toujours et toute éducation qui ne comporterait pas l’apprentissage de l’écriture, serait maintenant inconcevable. Comment expliquer une telle importance ? Alors que déjà certains théoriciens, tel MacLuhan, ont annoncé la fin de la « galaxie Gutenberg » et l’avènement d’une ère de l’audiovisuel, on peut se poser la question : Pourquoi écrit-on? En tant que langage, l’écriture est un système de signes. Ce système a-t-il des caractéristiques propres ou n’est-il que la simple transcription du langage oral ? Pourquoi écrit-on ? Le langage est un système de signe qui sert à communiquer. L’écriture présente-t-elle des avantages sur la parole à cet égard? Mais le langage a aussi d’autres fonctions que la simple communication de l’information : fonction d’élaboration de la pensée, fonction conative, fonction poétique… Quel rôle joue l’écriture dans la réalisation de ces fonctions ?

6647_2

Après avoir dégagé la spécificité de l’écriture, nous examinerons d’une façon générale l’écriture comme moyen de communication puis son rôle dans la réalisation d’autres fonctions plus spécifiques du langage.

Si l’écriture phonétique est un phénomène relativement tardif dans l’histoire de l’humanité, les premiers homo sapiens communiquaient déjà par des moyens graphiques et ont su donner à l’image une valeur de signe. Un signe est l’unité indissociable d’un signifiant (son aspect matériel) et d’un signifié (son aspect conceptuel). Contrairement au signifiant de la parole qui se déroule linéairement et irréversiblement dans le temps, le texte écrit se développe dans les deux dimensions spatiales du plan. Et s’il n’y a pas de signe, donc pas de langage, sans trace matérielle, la trace de l’écriture a ceci de particulier qu’elle demeure disponible après sa production pour pouvoir être parcourue, manipulée, transmise indépendamment de son contexte immédiat de production. Cependant, à l’heure actuelle, les moyens audiovisuels confèrent à l’oral cette permanence qui jusqu’alors lui manquait. La permanence du support graphique est donc une caractéristique importante de l’écriture, mais, si elle est nécessaire, elle n’est pas suffisante pour rendre compte de son pouvoir. Si l’on a écrit et que l’on écrit toujours, c’est qu’il y a plus dans l’écriture qu’une simple retranscription de la parole sur un support plus durable. Ne voir dans l’écriture qu’une parole gravée, c’est méconnaître la spécificité d’un langage qui n’est qu’accidentellement phonétique. Les signes écrits, même dans le cas des écritures phonétiques, renvoient directement à leur signifié sans passer par une sorte de traduction préliminaire en langage oral. La preuve en est que les sourds-muets peuvent décoder l’écriture sans un passage obligé par un correspondant sonore. Il existe d’ailleurs des « idéographies », écritures d’idées et non de sons, qui n’ont pas de véritable équivalent non graphique. Les notations scientifiques et plus particulièrement les notations logiques et mathématiques en sont des exemples familiers. La spécificité de l’écriture en tant qu’idéographie tient à la structure et pas seulement à la permanence de son signifiant. Structure que lui confère le fait de se déployer dans les deux dimensions du plan.

Ainsi, l’écriture n’est pas la simple traduction graphique de la parole, mais un langage différent qui répond de ce fait à d’autres exigences. Il paraît d’ailleurs évident que l’être humain n’écrirait pas s’il pouvait, d’une manière tout à fait équivalente, se servir de la parole dont l’apprentissage est plus rapide et, semble-t-il, plus naturel.

Pourtant, l’écriture n’est-elle pas aussi un remarquable instrument de découverte? Sans doute les êtres humains se sont posé des questions et ont tenté d’y répondre avant d’avoir inventé l’écriture. L’écriture cependant facilite l’élaboration de la pensée et permet une continuité dans la recherche. C’est la structure du texte écrit qui est ici un facteur essentiel. Les mathématiques en sont un exemple. Le langage mathématique est un langage purement écrit, intraduisible de façon simple et directe dans les mots du langage ordinaire, et qui s’appuie de façon indispensable sur une notation graphique qui lui est propre. Il est remarquable à cet égard qu’en arithmétique, par exemple, l’invention du symbole zéro et de la convention de matérialiser les multiples de la base par la position spatiale du chiffre sur la feuille aient seuls permis la maîtrise des opérations de multiplication et de division (avant cela, même la soustraction représentait un effort intellectuel quasi insurmontable !). La supériorité de l’écriture sur la parole vient ici du fait que la structure matérielle de son signifiant reflète adéquatement la structure conceptuelle de son signifié et que des manipulations de cette structure matérielle constituent directement des manipulations de ce que cette structure représente. Ainsi, loin d’entraver la créativité, l’écriture disciplinée est l’instrument d’élaboration de la pensée par excellence.

Cependant, ce n’est ni dans les sciences, ni même en philosophie, que la fonction créatrice de l’écriture se développe de façon privilégiée, mais plutôt quand l’écriture n’a d’autre finalité qu’elle-même, c’est-à-dire l’acte d’écrire et son produit : le texte. Pourquoi écrit-on alors, sinon pour écrire ? Si beaucoup de poèmes sont faits pour être lus à haute voix, l’écriture triomphe quand elle se tourne vers ses antécédents, la graphie, et cherche à atteindre la forme pure de son signifiant qu’est l’image. C’est par exemple le cas des Calligrammes d’Apollinaire.

SOURCE http://www.ac-grenoble.fr/

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

A Book Please |
Quidam |
Mon Sang d'Encre |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Lectureinfernale
| Un pour tous tous pour un
| Laloba54