04 février 2016 ~ 0 Commentaire

Pour solde de tout compte

compte

Glyn Weaver se posta à gauche de la fenêtre de la chambre de sa fille et souleva le léger tissu du rideau de façon à pouvoir examiner à loisir ce qui se passait sur la pelouse devant la maison. Le setter irlandais gambadait sur l’herbe, aboyant sa joie d’aller courir. Il tournait frénétiquement autour de Justine, qui, vêtue d’un survêtement et de chaussures de sport, se baissait et se relevait, faisant une série d’échauffements. Elle avait emporté la laisse du chien et Townee s’en empara en passant, la portant comme une bannière.

Elens lui avait envoyé une bonne douzaine de photos du chien. Bébé roulé en boule sur ses genoux, chiot aux longues pattes cherchant ses cadeaux sous l’arbre de Noël, jeune chien franchissant d’un bond un mur de pierres sèches. Au dos de chacun des clichés, la jeune fille avait noté l’âge de Townee : six semaines, deux jours ; quatre mois, huit jours ; dix mois aujourd’hui. Colle l’eût fait une mère indulgente. Glyn se demanda si Elena aurait fait la même chose pour le bébé qu’elle portait ou si elle aurait choisi d’avorter.

Un bébé, après tout, ç a n’était pas un chien. Et quelles que fussent les raisons qui l’avaient poussée à se faire mettre enceinte – Glyn connaissait suffisamment bien sa fille pour savoir que sa grossesse ne pouvait qu’être le résultat d’un calcul – Elena n’était pas idiote au point de croire que l’arrivé d’un enfant ne bouleverserait pas sa vie ; Les enfants changent toujours le cours de votre existence de façon inattendue et l’affection qu’ils vous portent est nettement moins fiable que celle d’un chien. Ils exigent, ils prennent et ils donnent rarement. Seuls les moins égocentriques des adultes peuvent aimer se sentir vidés de leurs ressources et dépouillés de leurs rêves.

Pourquoi fait-on un enfant ? Dans l’espoir nébuleux que cette adorable créature – un individu sur lequel on n’a aucun contrôle – ne fera pas les mêmes erreurs, ne tombera pas dans les mêmes pièges, ne connaîtra pas la même souffrance que celle qu’on a soi-même endurée.

Dehors, Justine attachait ses cheveux sur sa nuque. Glyn nota que pour ce faire elle utilisait une écharpe assortie à la couleur de son survêtement et à celle de ses chaussures de sport ; Machinalement, elle se demanda s’il arrivait à cette femme de sortir de chez elle autrement que dans une tenue parfaitement composée. Glyn étouffa un rire. On pouvait trouver à redire au fait que Justine reprenne son jogging deux jours seulement après le meurtre de sa belle-fille, mais on ne pouvait certainement pas critiquer la couleur de sa tenue, choisie avec le plus grand tact.

« Quelle hypocrite », songea Glyn avec une moue en tournant le dos à la fenêtre.

Justine avait quitté la maison sans un mot, lisse et clame patricienne jusqu’au bout des ongles mais cependant pas aussi maîtresse d’elle-même qu’elle l’eût souhaité ; Leur confrontation  de la matinée dans la petite salle à manger avait entamé son assurance ; sa véritable nature avait enfin percé sous le déguisement de l’hôtesse empressée, de l’épouse idéale. Maintenant, elle allait faire son jogging pour entretenir son corps parfait, appétissant, qui sous l’effet de la transpiration répandrait un délicat parfum de rose…..

Page 285 …. Extrait … du livre que je VENDS ICI : http://bibliothequecder.unblog.fr/2014/09/28/pour-solde-de-tout-compte/

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