26 janvier 2016 ~ 0 Commentaire

LES AMITIES PARTICULIERES

amitiés particulières

Je me suis juré d’y arriver, et j’y arrive, je t’arrive ; Mis vraiment, je commençais à désespérer de pouvoir t’écrire une vraie lettre, et à temps pour le 23, en l’honneur de ta fête. Tous mes vœux, mes tendres vœux. Que Saint Georges nus protège plus efficacement que saint Alexandre. Maintenant, nos deux patrons se sont rejoints et ils pourront mieux faire.

Au collège, tu as compris, n’est-ce pas ? que l’on m’avait privé de liberté. D’après les ordres de Lauzon, le surveillant ne me laisse plus sortir seul durant les études. J’ai réussi à t’apporter mon cantique dans l’intervalle de deux classes.

Ici, les choses sont pires encore. D’abord, Lauzon – toujours lui – m’a donné à faire un cahier de vacances – cahier spirituel, pascal, tout ce que tu voudras – dans le genre des cahiers de retraite. C’était un nouveau prétexte pour me serrer de près et me faire la morale régulièrement ; Ensuite arrive le bulletin, où le supérieur a eu la « vacherie » de mettre cette observation : « A passé par une petite crise ». Cela m’a rappelé la « tare » du préfet. Crise de tare vont ensemble. Mon père m’a dit que Lauzon l’avait déjà renseigné, et il n’a pas été trop méchant. Il s’est contenté d’un petit « speech » qui a porté sur les sentiments permis et sur les sentiments défendus ; puis, en qualité de médecin, il a repris à sa manière les propos de mon directeur concernant les mauvaises pensées, mais les a nommées « mauvais habitudes ». Pauvres gens, avec leur mal.

En tout cas, sous prétexte de ceci ou de cela, je suis épié à chaque instant, et dois prendre garde. Enfin, on m’oblige à voir d’anciens camarades, à faire partie d’un patronage, etc… de manière que je ne reste jamais seul, ici comme là-bas. C’est pourquoi je n’ai pu t’envoyer qu’une carte, pendant un entracte de « bon cinéma ».

Voilà qu’aujourd’hui, avant-veille de ta fête, Lauzon m’emmène en promenade. Bientôt il me dit avoir reçu une lettre toi, extrêmement édifiante. C’était la première fois qu’il prononçait ton nom, depuis notre rencontre devant son bureau. Cela m’a causé un tel plaisir que je décidai à l’instant de me réconcilier avec lui, car je lui avais fait grise mine jusqu’alors. Mais, pour me venger de toutes ces tracasseries, j’ai voulu rire un peu à ses dépens, et je lui ai raconté que j’étais à présent terrassé par la Providence, ainsi que Saul le fut sur le chemin de Damas.

Je me figurais t’entendre parler à ma place, mais j’étais inquiet, craignant d’avoir exagéré. Pas du tout. Je vois mon homme ravi, comme s’il n’avait attendu que cela. Et de me dire qu’il n’a jamais douté de moi, qu’il me rend sa confiance, que ma conduite en vacances l’a – bien malgré moi – rassuré, que c’était le plus dangereux à passer, et que c’est fait….

Je prends patience, en ce moment, puis nous n’avons rien combiné. Et nous n’avons eu rien à combiner, puisque tu as cédé – je veux dire ; fait semblant de céder. Excuse cette sorte de reproche, je sais bien que tu n’as pas agi par lâcheté, et aujourd’hui j’ai agi de même, mais je ne recommencerai pas, car il me semble plus beau de tenir tête.

Et pourquoi cèderions-nous sans cesse ? Parce que nous sommes des enfants, aurions-nous toujours tort ? Les enfants ne sont-ils pas des êtes vivants ? Seraient-ils les seuls à n’avoir pas le droit d’aimer ? D’ailleurs, avec nous deux, ce sera peine perdue. Il n’y a ni parents ni maître qui puissent nous empêcher de nous aimer, mon Bien-aimé.

Extrait page 197…

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