13 janvier 2016 ~ 0 Commentaire

Ecrire sur soi

Ecrire sur soi

Coucher sur le papier ses états d’âme, ses questionnements, se raconter… Pourquoi ? Pour avancer, répond Marion Rollin. Cette spécialiste de l’écriture intime vient de publier aux éditions Eyrolles une collection de Carnets d’écriture. Une invitation à re-penser sa vie.

Après douze années passées dans la communication, Marion Rollin, mère de famille, anime aujourd’hui des ateliers d’écriture et se spécialise parallèlement en psychogénéalogie. Elle vient de publier aux éditions Eyrolles trois Carnets d’écriture : « Mon année », « Ma famille », « Mon enfant ». 

Ecrire sur soi, c’est quoi ?

C’est prendre le temps de s’isoler avec soi-même et de laisser émerger ce qui vient. Armé d’une feuille et d’un crayon, c’est reformuler ce que nous avons vécu, senti, avant de le coucher sur le papier. C’est une manière de le digérer. De se réapproprier sa vie de manière distanciée.

Pourquoi se raconter ?

Chacun a quelque chose à raconter. Et l’écriture sur soi fait avancer. Elle oblige à couper le rythme effréné dans lequel nous vivons : pris dans une course perpétuelle, nous n’avons pas le temps de prendre du recul, de nous poser. L’écriture le permet. C’est une bulle. Un espace de liberté. Un instant de paix que l’on peut s’offrir chez soi. Elle aide aussi à marquer les étapes. On s’écrit et l’on peut se relire, et voir son avancée : hier, j’en étais là, mais aujourd’hui, mon questionnement est différent… C’est une trace pour soi-même et pour les autres. Et puis, il y a le plaisir de la création. Celui d’un moment pour soi où l’on construit quelque chose, sans avoir nécessairement de talent inné. Dans une société où l’on se sent le simple maillon d’une chaîne, nous avons tous besoin de produire un objet fini.

Ecrire sur soi, est-ce écrire pour soi ? Qui est le destinataire final ?

Au début, on écrit pour soi, pour se faire du bien, parce que l’on en a envie. Mais en réalité, on écrit toujours pour quelqu’un, pour être lu. Si prendre la plume permet de se lâcher, d’être créatif, on a aussi envie d’être compris. J’espère d’ailleurs que l’écriture peut, dans un deuxième temps, créer le dialogue. Bien que nous n’ayons pas le temps, nous avons envie de savoir. D’entendre le récit de sa venue au monde, de découvrir la vie que menait sa mère lorsqu’elle était célibataire… Quand j’ai écrit sur la naissance de mon fils, je me suis dit qu’il le lirait peut-être un jour. Plus tard. Mais que j’allais forcément lui en parler dès maintenant. Cette transmission est importante car les gens vivent de plus en plus longtemps. Les générations se côtoient sans forcément parler de l’essentiel. Et le principal héritage que ceux qui nous précèdent ont à nous laisser, c’est l’expérience d’une vie.

Par où commencer ?

Au départ, il est peut-être plus facile de parler des autres que de soi. On peut s’aider d’un support, d’une proposition d’écriture, qui devient un prétexte pour laisser surgir ce qui doit émerger. Ce stimulus extérieur va nous faire réagir et faire découvrir à chacun sa capacité créatrice. En lisant une proposition d’écriture, il y a quelque chose qui monte en vous. Et sans s’en rendre compte, on va écrire à partir de soi, sur soi.

Comment parvenir à une écriture libre ?
Il ne faut pas imaginer que l’on a quelqu’un derrière le dos. Personne n’est là pour nous juger. Il est aussi primordial de ne pas se regarder écrire. De ne pas rédiger pour faire joli, pour convaincre, ou pour raconter une belle histoire. Ce n’est pas parler de soi-même. Quitte à avoir recours à un langage parlé dans un premier temps pour exprimer plus facilement quelque chose de vrai. Il peut toujours être retravaillé après. Et surtout, l’important est d’être à l’écoute de soi. Une proposition d’écriture peut aider à se lancer. Après, que l’on en sorte ou pas, peu importe. Le principal, c’est de s’apercevoir que l’on peut le faire.

Justement, que dire à ceux qui doutent de pouvoir y arriver ?

Ecrire, tout le monde sait le faire, contrairement peut-être à des activités comme le dessin ou la peinture. Ecrire sur soi implique de s’aimer un peu soi-même, de se dire que sa vie est intéressante. J’ai trois enfants. En tant que mère de famille, je suis beaucoup dans le quotidien. Ce n’est ni très tendance ni très glamour ! Mais le récit d’une journée quotidienne peut être passionnant à lire. Pas besoin de faits extraordinaires. Ce qui compte lorsqu’une personne raconte un souvenir précis, c’est sa vision à elle de l’événement.

Au final, ce qu’il faut, c’est écrire pour se faire plaisir. Pas pour réaliser un chef d’œuvre. Nous sommes là pour essayer, nous tromper, recommencer… Ce qui est clair dans la tête ne l’est pas toujours sur le papier. L’écriture rend humble, et cela, parfois, nous en avons grand besoin.

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