07 janvier 2016 ~ 0 Commentaire

LE MOULIN DE POLOGNE

Le_moulin_de_PologneLe domaine du Moulin de Pologne, si orgueilleux jadis, tomba entre les mains d’un homme que tout le monde appelait M. Joseph.

C’était un grand gaillard alerte d’une quarantaine d’année. Il avait une courte barbe noire, de larges yeux d’un très beau marron un peu vert, le nez parfait qu’on voit seulement dans les visages de race.

Il était arrivé ici un de ces jours d’hivers miséricordieux aux âmes sensibles. Il ne nous fit pas beaucoup de bonnes manières. Il fréquenta à peine, vint tout juste au café pour faire un bésigue, presque sans parler. S’il avait choisi ses partenaires de jeu on aurait pu dire qu’il était intrigant. Il jouait toujours avec des gens importants. Mais il ne choisissait pas : on le choisissait . Il ne faisait d’avances à personne. Au bout de trois mois, il fut évident qu’il ne cherchait rien d’autre que d’être à sa place en paix.

On se demanda de qui il vivait. Il était toujours bien mis sans aucun luxe, mais avec une certaine recherche. Ses vestons, de velours l’hiver, d’alpaga l’été, étaient manifestement à la fin d’un long usage mais très finement raccommodés et entretenus avec soin. Ils prenaient sur lui une très grande qualité. Il portait de petits souliers craquants. Tous ses pas étaient accompagnés de ce craquement quand il marchait sur les trottoirs.

Il logeait chez des cordonniers, impasse des Rogations. Le ménage qui lui donnait le gîte et le couvert n’était pas la fleur des pois : lui se soûlait et elle aussi. Quand ils étaient soûls, ils ne se battaient pas, c’était beaucoup plus grave ; ils chantaient. Ils avaient des voix horribles, et ils pouvaient s’en servir pendant des jours et des nuits entières sans repos. Nous ne somme spas très regardants sur le chapitre de l’ennui et il nous en faut beaucoup pour nous mettre les nerfs en pelote. Ces cordonniers-là y arrivaient.

L’impasse des Rogations borde d’un côté les jardins d’un ancien couvent. D’énormes platanes dépassent de plus de trente mètres les murs de clôture et font, avec leurs feuillages épais, une énorme voûte sous laquelle le chant de ces deux ivrognes retentissait comme dans une église. On avait fait mile plaintes à ce sujet et notre homme de police était allé plus de cent fois frapper contre la porte ou contre les volets avec la poignée de son sabre. On n’avait jamais rien fait que changer la bacchanale en intarissables litanies d’une grossièreté révoltante. Ces gens étaient doués pour le scandale à haute voix.

A partir du moment où M.Joseph logea chez eux, ils devinrent doux comme des agneaux.

On ne s’expliquait pas pourquoi il était allé se loger chez les Cabrot (c’était le nom de ce cordonnier). L’impasse des Rogations n’était pas renommée comme un endroit agréable à habiter, et pour si pauvre que pouvait être M.Joseph, il ne manquait pas d’endroits, disait-on où il aurait pu se loger plus à son aise, et en meilleure compagnie. On lui fit même de flatteuses avances ; notamment les deux sœurs d’un petit clerc de notaire, chicots d’une vieille bonne famille, demoiselles à salon en hausses à grande maison vermoulue et donnant sur la place de l’Eglise. Elles furent pendant longtemps tout sourire et toute révérence, toujours appâtées par le grand salut du chapeau de feutre noir en réponse. Mais il ne fut jamais question de quitter les Chabrot….

Extrait page 211…

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