27 décembre 2015 ~ 0 Commentaire

ECRIRE c’est une façon de parler

ECRIREL’écrivain Jules Renard a laissé dans son journal intime un aphorisme célèbre : « Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu. » On ne peut pas mieux dire, et a priori, tout le monde préfère ne pas être interrompu. Mais ça n’a pas que des avantages. À moins de répondre à un QCM ou de rédiger sous la dictée d’autrui, écrire c’est se lancer dans le vide. Il faut avoir quelque chose à dire, et entrevoir dans quel ordre on va l’énoncer et par où commencer. Comme le souligne Michel Fayol  l’écriture est monologique : pas d’interlocuteur, pas d’interruption, pas de questions et pas de réponses. Il faut donc tout faire soi-même, sans être sûr du résultat. Sera-t-il correct et intéressant ? Pour tenter de le savoir, on se relit : tout scripteur est en même temps son premier lecteur. Est-ce vraiment conforme à ce que l’on voulait dire ? Est-ce vraiment cela que l’on aimerait que les autres comprennent ? Oralement, on peut toujours se reprendre, reformuler autrement. À l’écrit, il faut détruire et recommencer, à moins de tomber sous le coup de la remarque acerbe de Buffon : « Ceux qui écrivent comme ils parlent, quoiqu’ils parlent très bien, écrivent mal . »

Deuxième motif de difficulté : écrire demande de la concentration. Il y a plusieurs raisons à cela. La première est que la technique, qu’elle soit manuelle ou mécanographique, accapare une partie de l’attention. Mais surtout, elle impose une forte contrainte à la pensée. Nos idées peuvent venir en paquets, simultanément ou comme un flot sans interruption. Combien de fois avons-nous fait l’expérience que ce que nous imaginions vouloir dire ne pouvait pas se formuler tel quel par écrit ? L’écriture, elle, est strictement linéaire et scandée par des discontinuités entre les mots et les phrases. Il y a donc une pénible conversion à faire. De plus, sauf cas exceptionnel, nous écrivons beaucoup moins vite que nous parlons, et donc que nous pensons. Des spécialistes ont montré que nous faisions plus d’erreurs en milieu et en fin de mot qu’au début. C’est la conséquence de ce décalage : nous sommes déjà en train de penser au mot suivant alors que nous finissons d’écrire le précédent, et cela seul crée une fatigue pour la mémoire, exige un surcroît d’attention.

Une autre complication vient du fait que l’écriture est un monomédia, tandis que l’interaction verbale est un multimédia. Il s’agit donc de faire entrer dans un canal unique et étroit toutes sortes d’informations véhiculées à l’oral par l’intonation, le geste, le regard, l’expression du visage, la situation même que partagent les interlocuteurs. La parole est, dit-on, aidée par un contexte et s’appuie sur lui. L’écriture tend à perdre ce contexte et ne peut compter que sur ses propres forces. Si par exemple, je rédige une lettre d’excuses pour avoir oublié de rendre un livre à la bibliothèque, je dois dater, indiquer mon nom et développer des formules telles que « Monsieur ou Madame, je vous prie de bien vouloir excuser le retard avec lequel je vous retourne ce volume des Trois Mousquetaires, etc. » Suivent quelques prétextes fallacieux. Face à la bibliothécaire, je n’aurai qu’à prendre un air navré et tendre le livre en disant que « je suis un peu en retard ».

SOURCE http://www.scienceshumaines.com/

 

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