19 novembre 2015 ~ 0 Commentaire

Le dictionnaire général de langues

images (3)Les dictionnaires de langue peuvent différer sur bien des points. Tout d’abord, ne visant pas le même public, ils ne retiennent pas le même nombre de mots. Ceux dont nous disposons aujourd’hui en France, par exemple, se rangent en deux grandes catégories ; le nombre d’entrées y varie de 50 000 à 60 000, avec des articles plus ou moins sommaires, dans un dictionnaire d’usage courant, à plus de 150 000, avec des articles très étoffés, dans des ouvrages d’envergure, en plusieurs volumes.

L’établissement d’une nomenclature peut être soumis à divers critères. Celui de la fréquence des mots permet de dégager, entre autres, le vocabulaire dit « fondamental » d’une langue. Mais d’autres choix s’imposent : faut-il introduire des mots argotiques ou populaires, des mots archaïques, des régionalismes (au sens large : qu’il s’agisse, pour le français par exemple, des provincialismes ou des particularismes de tel ou tel pays francophone), ou encore des mots empruntés à d’autres langues ? Comment circonscrire d’ailleurs la langue, entre écrit et oral ? Les linguistes insistent sur le fait que c’est dans l’oralité qu’elle vit et change, mais les témoignages sont recueillis à des sources écrites. Par ailleurs, le traitement lexicographique est plus ou moins riche et ambitieux. Tel dictionnaire donnera l’étymologie des mots, sans leur date d’apparition, tel autre précisera la datation de chaque sens ainsi que le lieu de la première occurrence ; les exemples illustrant les définitions seront tantôt forgés par les lexicographes, tantôt puisés dans les œuvres littéraires. Enfin,l’indication du niveau de langue exprime les choix des auteurs. Ainsi, le mot « gonzesse » sera signalé, selon les ouvrages, comme « populaire », « vulgaire » ou « argotique ».

Ce qui est vrai pour un dictionnaire de langue – à savoir qu’il ne peut enregistrer objectivement l’usage, qu’il ne photographie pas la langue, mais en donne une certaine vision – l’est pour tout dictionnaire. Ce type d’ouvrage rend compte, certes, de l’état des recherches dans les diverses disciplines, mais il ne saurait échapper aux interprétations philosophiques et aux jugements de valeur esthétiques ou éthiques, car d’une part il relève de la subjectivité des auteurs, et d’autre part il reflète les courants de pensée et les mentalités, voire les batailles intellectuelles caractéristiques de la société où il voit le jour. C’est ainsi que le Dictionnaire de Trévoux (1704), édité par les jésuites, attaque le jansénisme du Dictionnaire français (1680) de Pierre Richelet, ou que le positivisme d’Auguste Comte peut se lire à travers les articles duDictionnaire de la langue française d’Emile Littré.

Cependant, un ouvrage encyclopédique est présenté, vu le didactisme inhérent à sa nature, comme le bilan d’un savoir définitivement acquis, consensuel, sorte de vérité minimale, acceptée par tous ; ce qui n’empêche pas qu’il puisse jouer pleinement son rôle pédagogique : ne pas se contenter d’affirmations magistrales, mais formuler des problématiques et faire explicitement état des interrogations de l’épistémologie contemporaine.

 

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