19 novembre 2015 ~ 0 Commentaire

DES MOTS D’AUTEURS

 Mots d'auteurs

 

« Nous participons au plus grand des récits imaginables »

  Edgar Morin : Sociologue

Il faut réhabiliter l’idée que toute société a besoin d’un « grand récit ». Beaucoup d’intellectuels, au xxe siècle, ont cru cette idée obsolète, sans savoir qu’avait commencé le plus grand des récits imaginables : celui d’un univers né il y a quatorze milliards d’années avec le big-bang et qui, depuis, se développe de façon stupéfiante. Une petite planète, l’apparition de la vie (bactérienne, végétale, animale), avec des créations inouïes : des ailes, des pattes, des œsophages, des cerveaux. Et ce rameau primatique bipédique qui, en quelques millions d’années, aboutit à l’Homo sapiens, au langage, à la culture, à l’art. D’abord dans des sociétés minuscules de chasseurs cueilleurs, puis dans des villages, des cités, des empires. Et nous arrivons à ce  stade de l’histoire où la mondialisation domine, où les guerres deviennent suicidaires. Mais le récit doit continuer et nous sommes dedans. Les enjeux grimpent, avec des dangers mortels sur la biosphère, mais aussi des possibilités de métamorphoses fantastiques, par les sciences et les techniques, qui propulsent les relations entre humains vers des horizons imprévisibles. Vouloir participer au salut de la planète est la part exaltante de notre grand récit. Mais nous pouvons aussi nous suicider.

« Après la liberté individuelle, nous découvrons l’altruisme. »

Jacques Attali, Economiste et écrivain

La rencontre judéo-grecque a posé l’individu comme valeur absolue. Puis la modernité a mis la raison au service de la liberté individuelle. Mais celle-ci ne vaut que si l’on est riche, dans tous les sens du mot. Sinon, ça s’appelle la précarité. Nous vivons sans doute une Renaissance mondiale mais les retours en arrière ne sont pas exclus. C’est pourquoi combattre la précarité est fondamental. Par ailleurs, la liberté déchire les anciens tissus et transforme les sociétés en sommes d’égoïsmes. L’Occident a donc un nouveau rôle. Je crois qu’au-delà de l’individualisme, est en train d’apparaître une valeur nouvelle : l’altruisme. D’abord un altruisme intéressé : j’ai intérêt à ce que les autres ne soient pas malades, ni pauvres, ni pollueurs, sinon ça va me retomber dessus. Puis un altruisme pur, dont le meilleur exemple est la relation mère-enfant. C’est  pourquoi je préfère parler de sororité ou de maternité, que de fraternité.

« La Renaissance? Une période pessimiste et intolérante »

Jean Delumeau, Historien

Au XVIe siècle, un « humaniste » est un connaisseur des langues anciennes et la rinascita désigne la redécouverte des lettres et des arts de l’Antiquité. Ce n’est qu’au XIXe siècle que les historiens Michelet et Burkhard inventent le concept de Renaissance au sens où nous l’entendons, avec les figures de Copernic, Christophe Colomb et Luther. Mais attention : les hommes du XVIe siècle ignorent l’idée de progrès. Ils se voient très vieux et pensent la fin du monde proche. Luther écrit : « J’estime qu’il n’y en a pas pour plus de cent ans », et Guillaume du Bellay, conseiller culturel de François Ier : « Le dernier jour a commencé à tomber. » Ils sont par ailleurs intolérants : on brûle des dizaines de milliers de « sorcières », l’antisémitisme fait rage et les ghettos commencent à apparaître partout.

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