31 octobre 2015 ~ 0 Commentaire

LA CHAMBRE MAUDITE – Le bal des Louves

 

le-bal-des-louves,-tome-1Antoine de Colonges abandonna sa tête en arrière dans un gémissement de plaisir. Lascivement alangui dans son fauteuil, d’un quart détourné de sa table de travail, jambes écartées, sa bure relevée sur sa bedaine rebondie, il se laissa gagner par les frémissements de son corps satisfait. Epuré de ces humeurs diaboliques qui encombraient son âme, il sombra dans un sommeil pâteux, espérant qu’à son réveil, d ans sa grande mansuétude, Dieu aurait remplir son esprit et son cœur des mots justes pour apaiser les souffrances de sa paroisse.

C’est un bruit inhabituel qui le tira de sa torpeur. Un instant, il se demanda où il se trouvait, si ce n’était sur ce chemin paradisiaque bordé de fleurs et de lumière. Il redressa péniblement sa nuque ankylosée et écarquilla les paupières. En face de lui, Albérie attendait, moqueuse, une moue de dégoût aux lèvres, légèrement appuyée contre le chambranle du passage secret d’où elle venait de s’extraire.

Percevant d’un seul coup le ridicule de la posture, il rabattit prestement sa bure sur son bas-ventre, rougissant malgré lui du sourire qui s’étirait sur les lèvres de sa visiteuse.

-          Par le Seigneur tout-puissant, Albérie vous pourriez baisser les yeux, grommela-t-il, furieux, tandis qu’il reprenait gauchement une assise plus convenable.

-          Vous ronfler, mon père : se contenta de répondre Albérie, sans bouger d’un pouce.

-          Il s’agit bien de cela, grogna Antoine entre ses dents.

-          Allons, reprenez-vous, mon père, s’exclama Albérie en éclatant d’un rire léger.

C’était la première fois qu’il la voyait rire. Oubliant soudain tout ce qui avait précédé, Antoine la fixa, le cœur battant. Albérie hocha la tête, un éclair sauvage et mutin sur le visage comme si elle avait pu lire dans ses pensées :

-          Tout est détruit, annonça-t-elle

-          Dieu soit loué ! soupira l’abbé tandis qu’une joie infantile le gagnait à son tour.

A cet instant, la porte s’ouvrit béante et un novice s’engouffra dans la pièce , hors d’haleine, figeant sur place l’abbé et sa visiteuse :

-          Messire l’abbé, hoqueta le jouvenceau sans prendre seulement garde au passage encore ouvert qu’Albérie dissimulait dans son dos, il vous faut me suivre au plus tôt. Un malheur est survenu à Vollor et notre seigneur François est au plus bas !

L’abbé du Moutier se dressa d’un bond, interrogea du regard Albérie qui paraissait perplexe elle aussi, puis emboîta le pas au novice, qui continuait à expliquer qu’un messager venait d’arriver à l’abbaye et mandait secours.

Les cloches de la chapelle s’ébranlèrent pour inviter à l’office de prime, comme un appel au repentir. L’abbé du Moutier frémit. Ce n’était pas ce qui était prévu mais qu’étaient-ils tous devant la volonté du Seigneur ? Il parvint dans la cour intérieure alors que le ciel dégagé distillait encore les vapeurs rosées du soleil levant. L’écuyer de François de Chazeron piaffait d’impatience, dans l’air vif, tandis qu’au fond de son office le frère Etienne rassemblait sa médecine en toute hâte.

Albérie observa un instant le manège depuis la fenêtre, assaillie par une foule de questions sans réponse. Qu’était-il arrivé à Chazeron après leur départ ?

Avec Laraline, elles s’étaient éclipsées sitôt qu’elles avaient aperçu François aux portes du château, leur besogne achevée. Elle devait savoir. Résolument, elle referma le passage derrière elle et se dirigeant d’un pas sûr et vif le long du corridor de pierre….

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