29 octobre 2015 ~ 0 Commentaire

INTERVIEW de Howard Bloom

Comme certains de nos lecteurs pourraient souhaiter approfondir certains points ou formuler des objections, nous avons pensé, vous comme moi, que la meilleure formule dans un premier temps consistait à anticiper leurs interrogations. Vous avez donc bien voulu accepter de répondre à quelques questions. Je vous en remercie. Voici donc la première de ces questions

 Howard_Bloom

JPB.: Ne craignez- vous pas avec The Genius in the Beast, d’apparaître, au nom de la connaissance scientifique, comme un avocat du capitalisme, et plus particulièrement du capitalisme financier américain, autrement dit de Wall Street, pour faire court ?


Howard Bloom, HB.
: Votre question a quelque chose de terrifiant. Mais voici une première réponse :

Les deux premières règles que doit selon moi se fixer un scientifique sont :
• Rechercher la vérité à n’importe quel prix, y compris au prix de sa vie et
• Regarder le monde qu’il a sous les yeux comme s’il ne l’avait jamais vu, afin de renouveler le regard porté sur lui.

Ces deux règles dotent ceux d’entre nous qui s’adonnent à la réflexion scientifique de deux personnalités superposées. D’un côté on trouve celui qui est à la recherche d’une vérité «objective». De l’autre on trouve un «activiste» homme ou femme qui fait de son mieux pour changer et si possible améliorer le monde.

Mais ceci nous confronte à un dilemme. Comment peut-on être un scientifique qui regarde le monde comme s’il ne l’avait jamais vu si l’on ignore ses propres passions et celles de son entourage ? Y compris les passions politiques qui vous positionnent à gauche ou à droite. Y compris en amont les forces qui font émerger une gauche et une droite.

 

Je vends ses 2 ouvrages ici :

LE PRINCIPE DE LUCIFER 1

LE PRINCIPE DE LUCIFER 2

 

Un autre principe de la science enseigne que celle-ci doit faire des prédictions et essayer de contrôler leurs réalisations éventuelles. Si cela est vrai, comment ignorer le besoin de prédire les directions que doit prendre la société ? Et comment ignorer l’importance des sociétés modernes, pluralistes, démocratiques, ces sociétés qui permettent à la science de prospérer ? Comment ignorer les réalisations et le destin de la Civilisation Occidentale ? Comment ignorer les réalisations et le destin du capitalisme. Plus important encore, comment ignorer le rôle du travail, de cette activité à laquelle nous dédions l’essentiel de notre vie éveillée ? Et comment ignorer le rôle de la monnaie, cette force qui gouverne nos émotions selon des modes dont nous ne percevons qu’une faible partie ? Autrement dit, en résumé, comment se satisfaire de l’idée simpliste et largement fausse que l’ensemble du capitalisme est représenté par une unique institution, Wall Street ?

Pour moi, rechercher la vérité à n’importe quel prix, y compris au prix de sa vie» signifie s’opposer aux activités criminelles quand je les rencontre. S’opposer aux beuveries, aux bagarres, aux vols divers, toutes choses que j’ai faites depuis mon arrivée à New York en 1964. S’opposer aux massacres de masse – quelque chose que j’ai essayé de faire en 1981 quand deux ethnies africaines s’affrontaient d’une façon que je sentais potentiellement génocidaire. Il s’agissait en fait des Hutus et des Tutsis dont les conflits ont provoqué un million de morts dans les années 1990. Si le rôle du scientifique est de prévoir et prévenir, quand il prévoie le risque de génocides potentiels, il doit faire de son mieux pour l’empêcher. Il ne suffit pas de déplorer les morts une fois qu’ils se sont produits. Il ne suffit pas d’en tirer profit ensuite comme l’on fait les auteurs de films et de livres sur le Ruanda. Si vous exploitez à votre profit un massacre de masse que vous auriez pu et du prévoir et dénoncer, vous devenez un complice des meurtriers.

Ce n’est pas ainsi que s’exprime la grandeur, la spiritualité de la science. Par contre étudier les circonstances d’un massacre de masse afin de prédire l’éventuel suivant et faire ce que l’on peut pour tuer celui-ci dans l’œuf, c’est là l’esprit de la science.

 

En VIDEO Image de prévisualisation YouTube

JPB : Personnellement, je n’en doute pas et je le prends comme tel, même si nécessairement certains de vos arguments appellent discussion. Mais, en dépassant la question de la civilisation occidentale, n’êtes vous pas excessivement optimiste, messianique pour utiliser un de vos termes, quand vous expliquez que l’évolution en général, de la cosmologie à l’anthropologie en passant par la biologie, tend à promouvoir de meilleures solutions que celles existantes. Beaucoup d’évolutionnistes considèrent que l’évolution ne tend à rien du tout. Elle serait, si je puis dire, stochastique et neutre. Elle peut conduire à des catastrophes aussi bien qu’à des progrès (pour ne pas mentionner l’inévitable disparition finale de notre univers telle que la prédisent les cosmologistes actuels).


HB. :
 L’évolution s’accomplit dans la catastrophe. Elle utilise les cataclysmes pour créer. Notre rôle est d’arrêter son addiction à la destruction, son addiction à la souffrance et à la mort.

Mais approfondissons un peu ce que sous tend votre dernière phrase. Il s’agit de deux erreurs scientifiques très répandues, si vous me permettez de le dire : la neutralité et la stochasticité. Construisez une simple courbe des évolutions cosmologiques et le fait que l’univers n’est pas stochastique et moins encore neutre vous apparaîtra comme plus qu’évident. L’univers est une machine en constante croissance et complexification. Son origine à partir de la singularité initiale suivie du Big Bang fut un massif pas en avant. Il en fut de même de tout le reste de l’évolution, depuis les particules initiales jusqu’aux galaxies et les molécules biologiques réplicantes que nous connaissons sur la Terre et dans lesquelles nous avons identifié la Vie. Aucun de ces pas en avant ne fut le résultat d’un processus stochastique. Pourquoi dès le début, au lieu de trouver des millions ou milliards de quarks différents n’en a-t-on trouvé que seize ? Il n’y avait pas de hasard, les types de quarks étaient rigidement déterminés. Il en fut de même de toutes les autres émergences. Je suis désolé de le dire, mais la stochasticité et la neutralité ne résistent pas aux évidences. Elles peuvent se trouver dans d’autres types d’univers, mais pas dans le nôtre. Parler de stochasticité et de neutralité est adopter un discours religieux sous couvert de science.

 lire l’article en entier sur http://philoscience.over-blog.com/article-interview-de-howard-bloom-38656661.html

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