26 octobre 2015 ~ 0 Commentaire

Hanté par ses personnages

 

 masquesEn 2011, les images de la catastrophe Tsunami à Fukushima passent sur toutes les chaînes de télévision. Il n’en faut pas plus à Laurent Mauvignier pour relier dans son dernier roman Autour du monde les histoires d’anonymes vivant tout autour de la planète. Tranches de vies contées successivement qui s’emboîtent les unes aux autres. Les personnages peuvent être directement concernés par le tsunami, à l’instar de Yûko et du baroudeur mexicain Guillermo venus dans le nord du Japon pour profiter du calme hors de la capitale. Ils peuvent aussi bien être éloignés du drame, comme l’anglais Peter et la petite amie de son fils Fancy, partis s’aimer à Rome à l’abri des regards réprobateurs.

Mais l’auteur français de 47 ans n’a pas attendu la grande vague destructrice pour écrire son roman: «Pour être honnête, nous confie-t-il au téléphone, j’avais commencé le livre avant. Je cherchais un élément qui puisse lier les histoires entre elles. Ce tsunami, rappel de la fragilité humaine, s’est imposé. » C’est que la vague est un symbole important chez l’écrivain: «C’est une force incontrôlable qui a autant trait aux émotions — on dit bien être submergé par elles — qu’à l’écriture. C’est une dynamique puissante qui fait tout tenir ensemble. Mon livre n’est pas un recueil de nouvelles: les histoires se répondent entre elles», insiste-t-il. Une invitation à considérer les histoires d’Autour du monde comme des vaguelettes poussées par un souffle puissant, cette écriture qui parvient à esquisser avec finesse et empathie les différentes personnalités des protagonistes.

Suivant le même mouvement, la focalisation interne passe d’un personnage à l’autre: «Je n’ai pas envie de les hiérarchiser. Dans le monde, il y a autant de personnages principaux que d’individus. » Une foule d’anonymes imaginaires qui gravitent d’ailleurs constamment autour de Laurent Mauvignier, comme des ectoplasmes: «Quand je travaille sur un personnage, il ne me lâche pas. La seule manière de m’en débarrasser, c’est de coucher son histoire sur le papier. Certains prennent du temps. Giorgio et Ernesto, par exemple, m’accompagnaient depuis quinze ans, j’ai enfin réussi à les placer dans ce livre. » L’auteur insiste sur «le temps» qu’il se doit de passer avec chacun, à imaginer sa vie, le lieu où il habite, ce à quoi il pense: «Ce sont de vraies rencontres», assure-t-il très sérieusement.

Parvient-il toujours à départager le réel de l’imaginaire? «Il paraît que Balzac, sur son lit de mort, appelait à son chevet le docteur Bianchon, son personnage fétiche. Quand je serai vieux et gâteux, je suis sûr que cette confusion entre vrai et faux me concernera tout autant!» s’amuse-t-il.

Eliminé au deuxième tour du Renaudot, Laurent Mauvignier figure cependant dans la deuxième sélection du Prix Médicis dévoilée hier. Mais l’auteur, plutôt que de livrer ses états d’âme sur ce qui n’est après tout «qu’une liste», préfère se réjouir du Prix Nobel attribué à Patrick Modiano hier: «J’ai été très ému, c’est une grande nouvelle», confie-t-il.

Note: «Autour du monde» Laurent Mauvignier, Ed. de Minuit, 372 p. Lecture d’«Autour du monde» par Claude Thébert à la librairie Le Parnasse, sa 11 octobre, 13 h. (TDG)

source : http://www.tdg.ch/culture/livres/Laurent-Mauvignier-hante-par-ses-personnages/story/20388740

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