29 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

LE PRINCIPE de LUCIFER

 

principe de LuciferJe ne suis jamais allé en France. J’ai appris la langue française. J’ai écrit des essais et des fictions en français, j’ai suivi les conseils de Rimbaud de dissocier délibérément les sens, je me suis passionné pour l’ascension des philosophes, j’ai passé des mois immergé dans la poésie de Mallarmé et les pièces de Jean Anouilh, j’ai appris des leçons de vie essentielles grâce à l’interprétation du mythe de Sisyphe par Albert Camus, j’ai envié Buffon pour son domaine plein de livres et d’assistants prêts à aller lui chercher le volume précis dont il avait besoin pour ses recherches et j’ai adoré l’esprit de Voltaire (et été surpris d’apprendre qu’à son époque il était souvent accueilli par des foules de femmes à sa descente de voiture, exactement comme les rock stars sont assaillies aujourd’hui par des femmes).

Pendant des dizaines d’années, j’ai pensé en français. Je me soupçonne même d’avoir rêvé en français. Mon père, qui est devenu le plus grand marchand de vin de l’Ouest de l’état de New York, allait chaque année en France visiter les châteaux, goûter les vins et acheter des caisses d’une diversité rare aux Etats-Unis. Enfant, je me consacrais déjà à la science… mais, un été, mon père m’éloigna de mon microscope médical et de mes livres de physique quantique pour me faire étudier les millésimes, apprendre la qualité du sol et de la pluie dans chaque vallée française où poussaient les vignes. Puis il m’encouragea à composer et à calligraphier des affichettes décrivant les caractéristiques uniques de chaque vin, des affichettes destinées à entraîner, chez ceux qui venaient acheter du scotch et du gin, une fascination aussi puissante que celle de mon père pour ces importations françaises.

L’un des nombreux penseurs français à avoir influencé mes réflexions, Blaise Pascal, a dit que «  le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.  » Les émotions que Pascal appelait le «  cœur  » sont moins internes qu’elles ne le paraissent. L’amour et la haine, le plaisir et la dépression, les sentiments du «  cœur  » s’étendent au-delà de nous et nous lient aux autres êtres humains. Les autres sont ceux que nous aimons. Les autres sont ceux que nous détestons. L’admiration des autres nourrit notre sentiment de plaisir. Le mépris des autres nous arrache le plaisir. Le cœur est une foule à l’intérieur de nous, qui reflète la foule extérieure. Si le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, la société a-t-elle, elle aussi, des raisons cachées ? Cherche-t-elle à atteindre des objectifs que nous, cellules cardiaques du corps social, ne connaissons pas ?

Les théories sur la société et l’esprit ont été étonnamment aveugles à certaines de nos expériences les plus essentielles : l’enthousiasme, l’exubérance, l’amour, la dépression, l’anxiété et la haine de soi. Même dans les sciences psychologiques, un nombre restreint de ces passions ont été expliquées de façon convaincante d’un point de vue évolutionniste. Rares sont celles dont le rôle dans la survie de l’espèce ou dans l’évolution des tribus, des empires et des bousculades mondiales de la société a été exploré. Les émotions ont été considérées comme étrangères à l’étude de l’attention, de la perception, de la formation de concepts, de la sociologie, de la science politique, de l’économie et de nombreux autres domaines où règnent le jeu du dilemme du prisonnier et les théories du «  choix rationnel  ».

L’émotion est le point d’entrée par lequel Le Principe de Lucifer  pénètre dans le mystère humain.

(Extrait)

JE CEDE CE LIVRE ICI :  http://bibliothequecder.unblog.fr/2014/09/14/le-principe-de-lucifer-2/

 

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

A Book Please |
Quidam |
Mon Sang d'Encre |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Lectureinfernale
| Un pour tous tous pour un
| Laloba54