03 septembre 2015 ~ 0 Commentaire

LA PUISSANCE DES VAINCUS

9782253157717-TEXTRAIT : 

M’man était aux anges de nous avoir de nouveau auprès d’elle à la maison après notre première année de fac, mais elle n’appréciait guère que Thomas ait tellement maigri. Elle avait entrepris de le remplumer, à grand renfort de lasagnes et de pâtés, et elle se levait de bonne heure chaque matin pour nous préparer des œufs au jambon et notre repas à emporter. Elle lui mettait des sandwichs supplémentaires dans sa gamelle et joignait des petits billets manuscrits lui disant combien elle était fière de lui, et qu’il était un des meilleurs fils au monde.

Les emplois étaient rares cet été-là, mais mon frère et moi avions décroché un travail saisonnier à la voirie de Three Rivers (Ray connaissait le chef du service). C’était un boulot dur, pour un salaire minimum, avec des avantages en nature tels que le sumac vénéneux et les érythèmes de chaleur. Mais en fait, j’aimais bien travailler à la voirie de Three Rivers. Il y avait un salaire à la clef, et cela nous permettait de fuir la maison dans la journée, quand Ray était là. Après une année enfermé dans les bouquins, claquemuré dans une chambre de résidence universitaire avec mon frère, j’étais bien content de voir le soleil, de respirer le bon aire et de transpirer un bon coup.

Ça me plaisait de prendre la faux ou la bêche, de me mettre à la tâche, et puis de regarder ce que j’avais accompli sans attendre l’approbation d’un professeur Je sais tout.

Ce que j’aimais le plus, c’était faucher et désherber  dans les cimetières de la ville : l’ancien cimetière de Rivertown avec ses épitaphes invraisemblables, le lieu de sépulture indien proche  de la Cascade, et les grands cimetières de Boswell Avenue et de Slater Street. Le premier jour, à Boswell Avenue, j’ai repéré la tombe de mon grand père, un monument de granite de presque deux mètres, surmonté de deux anges affligés en ciment. Domenico Onofrio Tempesta (1880-1949) « Les plus grandes peines sont muettes ». Son épouse, Ignazia (1897-1925), reposait à l’autre bout du cimetière sous une pierre tombale plus petite en plus modeste. C’est Thomas qui a découvert la tombe de la mère de M’man, vers le milieu de l’été. Quand j’ai demandé pourquoi ils n’étaient pas enterrés ensemble, M’man m’a répondu : « Ah, je ne sais pas … Pour rien, en fait ».

Au début, j’étais un peu inquiet pour Thomas. D’une part, l’épisode de la machine à écrire bousillée me faisait encore légèrement flipper. D’autre part, il n’était pas vraiment fait pour le travail manuel. Je ne disais rien, mais je l’avais à l’œil. Puis, au bout d’une semaine ou deux, j’ai relâché ma vigilance.

Parfois, il perdait le fil de ce qu’il faisait, il s’égarait un peu dans les brumes, mais il n’y avait rien là d’extraordinaire. Il était plus moins semblable à lui-même. Début juillet, il avait bruni et forci un peu, et il ne ressemblait plus à Lurch. Finalement, me disais-je, ce n’était pas la fac qui était en cause. Il était juste à bout de forces. Maintenant ça allait. Et en septembre, il pourrait commencer à se sortir du pétrin dans lequel il s’était mis en séchant les cours, cet imbécile. Ce crétin !

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