29 août 2015 ~ 0 Commentaire

SOURIRES DE LOUP

 

SourireLoupL’étranger qui, d’aventure, pousse la porte du Pool House O’Connell, dans l’espoir d’y retrouver l’accent chantant de son irlandais de grand-père, peut être, ou dans l’idée de faire une bande avec la boule rouge avant de l’expédier dans la blouse d’angle, est aussitôt déçu de constater que l’endroit n’a rien d’irlandais pas plus qu’il n’est doté d’une salle de billard. Perplexe, il regarde les murs tendus de moquette, les reproductions des chevaux de course de George Stubbs, des fragments encadrés d’une écriture étrangère, sans doute orientale. Ses yeux cherchent en vain un billard, et tombent sur un grand basané, à la peau criblée d’acné, debout derrière son comptoir en train de faire frire des œufs et des champignons. Ils se posent, dubitatifs, sur un drapeau irlandais et une carte des Emirats arabes, noués l’un à l’autre et tendus en travers de la salle. Puis le malheureux intrus prend conscience des regards qui convergent sur lui, les uns condescendants, les autres incrédules, et circonspect, sort à reculons, renversant au passage la reproduction grandeur nature de Vic Richards. Sous les rires et les quolibets des  habitués. O’Connell’s n’est pas fait pour les étrangers.

O’Connell’s est le genre d’endroit où les pères de faille viennent chercher une autre famille. Contrairement à ce qui se passe avec les liens du sang, où tout est acquis d’emblée, ici, sa position dans le cercle des initiés, il faut la mériter, ce qui suppose des années de glandouillage consciencieux, de gaspillage de temps et d’énergie, de taillage de bavette et de bayements aux corneilles ; en un mot, un investissement de soi autrement plus intense que celui, par comparaison bien léger, qui préside à l’acte de procréation. L’endroit, il faut le connaître. Il y a par exemple de bonnes raisons pour que O’Connell’s soit une salle de billard irlandaise tenue par des Arabes et dépourvue de billard. De bonnes raisons aussi pour que Mickey le pustuleux vous prépare un frites-œufs-haricots ou un œufs-frites-haricots ou un haricots-frites-œuf-champignons, mais jamais, au grand jamais, un frites-haricots-œuf-bacon.

Mais ce genre d’informations, il faut être un habitué pour en disposer. Nous reviendrons un peu plus loin sur ce sujet, si vous le voulez bien. Qu’il nous suffise pour l’instant de dire que c’est là le deuxième foyer d’Archie et de Samad ; que depuis dix ans, ils viennent ici entre dix-huit heures (heure à laquelle Archie finit son travail et vingt heures (heure à laquelle Samad prend le sien à pour discuter de tous les sujets imaginables, depuis les problèmes d’interprétation posés par l’Apocalypse de saint Jean jusqu’aux tarifs de plombiers. Sans oublier les femmes. Mais toujours hypothétiques, les femmes. Si l’une d’elles venait à passer devant la vitre constellée de jaune d’œuf de l’établissement –on n’en avait jamais vu une se risquer à l’intérieur), ils souriaient et se mettaient à débattre (suivant l’humeur eligieuse de Samad à cet instant précis) de questions capitales ; savoir s’il conviendrait de s’en débarrasser au plus vite, une fois au lit, comparer les mérites respectifs des bas et des collants, ou – débat classique et incontournable – ceux des petits seins (qui pointent vers le haut) et des gros (sui débordent sur les côtés).

Mais il n’était jamais question de femmes bien réelles, en chair et en os, humides et poisseuses. Du moins, il n’en avait jamais été question jusqu’à maintenant….

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