28 août 2015 ~ 0 Commentaire

UNE QUESTION DE CHANCE

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Gérard entrouvrit le portail du jardin, revenu à l’état sauvage. Il n’avait jamais eu le temps de s’en occuper. A l’époque où il avait hérité de cette propriété, il parcourait déjà le monde, il soignait ses relations, il répondait aux désirs de sa première femme. Il n’avait pas su, à l’époque, de quelle manière utiliser cette maison que lui avait léguée sa tante. Par précaution, il avait cependant toujours payé ses abonnements d’eau et d’électricité.

Il dépose sa valise sur le perron, ouvrit la porte. De l’entrée se dégageait une odeur rance. L’atmosphère était chargée de souvenirs, et l’espace d’objets utiles. Dans cette maison où sa tante avait vécu et où Gérard aurait u avoir une vraie enfance, jamais rien n’avait été jeté. La tante gardait tout. Gérard se souvint qu’au moment de la prise de possession des lieux – il avait passé là une demi-journée – il avait découvert dans un tiroir une boîte métallique, avec à l’intérieur, d’innombrables rubans et ficelles noués. La tante avait même préservé de la poubelle les papiers d’emballage de ses achats ou des cadeaux reçus.

C’était la fin du voyage. A cinquante et un an, il était au point zéro. Bientôt il recevrait la lettre recommandée de son licenciement. Il jeta un coup d’œil au salon, une pièce longue et étroite, étriquée, à la manière des maisons anglaises, où un buffet Henri II régnait avec une laideur agressive. Il alla à la cuisine, ouvrit le robinet. Les vieux tuyaux crachèrent de l’eau rouillée.

Il n’avait amené aucune de ses épouses ici. Il voulait défendre ce refuge de la voracité de sa première femme et du mépris de la seconde, pour qui ce pavillon de banlieue aurait été juste bon à loger le personnel. Elle avait l’habitude de l’espace, des lignes élégantes, des formes modernes ou bien vraiment très anciennes. Leur séparation devait être comme une opération au laser : l’excroissance juridique, le mariage, ôtée sans cicatrice.

L’extrême chaleur pourrissait l’atmosphère. Gérard ouvrit les fenêtres. Dans l’une des chambres, au deuxième étage, il y avait un vieux couvre-lit brodé en usine. Un chevalier tenait une épée au-dessus de la tête d’une bête difforme. Un bout se terminait par des franges. Il jeta le couvre-lit par terre. Il chercha dans une armoire des draps, il  en trouva, qui dégageaient une forte odeur de moisissure. Il les déplia pour les aérer. Sur le rebord du lit, une petite araignée courait. Pris de colère, il bascula tout au sol, y compris le vieux matelas. Il fallait de l’air dans cette baraque.

il comprit tout de suite qu’il devrait s’imposer une discipline de fer. Respecter les heures des repas. Sinon, il se transformerait en clochard dans sa propre maison, entouré de neuf cents mètres carrés de terrain. « Non constructible, avait dit le notaire, donc la valeur de votre maison est moindre. Vous ne pourrez jamais faire bâtir  un petit immeuble de location. Ce secteur est une zone ré-si-den-tielle ».

Le soir, allongé sur le lit, il vit arriver les moustiques. Il essaya d’en écraser un gros qui égrenait ses « zzz » tenaces. Il s’envoya une gifle ; il l’avait raté. Il alla prendre une douche, l’eau était à peine tiède. Le sommeil le fuyait. Pour s’occuper, il commença à déplacer les objets. Il enleva la croix au-dessus du lit. Une croix lourde, ornée d’un Christ en bronze, accrochée sur un seul clou. « Recevoir ça sur la tête, pensa Gérard, ce n’est pas un cadeau ». Il n’avait jamais eu de préoccupations mystiques.

On lui avait inculqué un minimum de règles dites morales et quelques notions de catéchisme. Ensuite ? Il n’y avait pas de suite….

Extrait du livre que Je vends ce livre ici :

http://bibliothequecder.unblog.fr/2014/10/15/une-question-de-chance/

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