25 août 2015 ~ 0 Commentaire

EXTRAIT DU LIVRE : ANTHOLOGIE DES LECTURES EROTIQUES

 

anthologie-des-lecturesQuelques filles de la maison apportèrent un tabouret recouvert de velours rouge. Elles le placèrent au milieu de la salle. Vénus s’y assis et Ferry s’accroupit devant elle. Vladislawe et Léonie s’accroupirent à leurs pieds. L’une rafraîchissait avec un éventail le visage de la déesse et en essuyait la sueur avec un mouchoir ; l’autre chantonnait doucement des chansons gaies de circonstance.

C’était trop ! Vénus et une autre dame dansaient devant moi ; une troisième m’éventait avec de grands éventails de plumes comme on en voit sur les peintures murales des Egyptiens, ou encore comme ceux dont on se sert pour les fêtes papales à Rome. Mes sens s’évanouissaient, mon souffle haletait, mon corps tremblait, tremblait si fort dans cette folie qu’il me brûlait. Tout tournait autour de moi, il me semblait être dans le désert pendant le simoun, quand le voyageur égaré croit voir toutes sortes de mirages plus affolants les uns que les autres et qui trompent son anxiété. Je râlais.

Tous mes nerfs, qui s’étaient détendus, se crispèrent, mes tempes étaient en feu. Les danseurs et les danseuses diaboliques tournaient. Oh ce qu’ils s’entendaient bien aux folies. Parfois, la danse s’arrêtait complètement.

Je ne me souviens d’avoir assisté à une telle folie qu’à Paris, dans une fête mondaine où, tout à coup, les invités furent pris d’une frénésie égale et se mirent à danser comme font les Peaux-Rouges dans la terrible danse du scalp, qu’ils exécutent devant l’ennemi, qu’ils vont immoler après l’avoir vaincu et pris. Mais à Paris, cependant, ces danses – les plus folles des danses – me paraissent réglées par une sorte de bien séance que les Français, même les plus mal élevés, n’abandonnent jamais.

Tandis qu’ici toute bienséance, toute morale enfin étaient mises de côté, et il ne restait que le plaisir de s’amuser, le plaisir d’être libre pendant quelque heures, avant de reprendre le hideux masque de la respectabilité mondaine, qui est la vrai règle des civilisations, règle nécessaire aussi, puisque sans elle nos sens, nos instincts déchaînés nous ramèneraient vraisemblablement très vite à l’état des animaux.

La danse s’arrêta un moment aux applaudissements des spectateurs, qui avaient fait cercle autour de nous. Les danses seules se suivaient à intervalles réguliers, on les applaudissait à chaque fois. Je sentis une commotion électrique qui me paralysa le cœur. Sans sa présence d’esprit, je serais tombée ; Ferry eut assez de sang-froid pour me soutenir, si bien que personne ne s’aperçut de mon étourdissement.

Et cette fois il ne cessa pas encore de me donner des preuves de son amour et de sa gaité. Les assistants applaudissaient ; ils délibérèrent quand ils le virent pour la troisième fois se remettre à danser un cavalier seul en tenant une houlette. Ils criaient : « Toutes les bonnes choses sont trois ». La danse dura un bon quart d’heure et ils nous entouraient toujours. Des paris se faisaient ; Ferry était infatigable, mais la crise arriva enfin et il tomba épuisé à mes pieds, où il resta haletant, les yeux fermés, comme mourant. Je n’étais plus debout sur mes pieds, plusieurs pensionnaires de la maison me soutenaient. De tous côtés, sous mes pieds, à gauche, à droite, je ne sentais que des soutiens. Les dames me couvraient de baisers, elles m’éventaient et essuyaient mon visage, et Ferry, qui s’était remis, debout derrière moi, me serrait dans ses bras.

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