10 juillet 2015 ~ 0 Commentaire

JE SUIS NÉ A VINGT ANS

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La sœur Paulette qui était la crème des femmes lui avait présenté Herbert, qui aurait adopté ses quinze enfants si elle en avait eu quinze. Fils de « Boche ou pas ». C’était un vrai paysan qui avati travaillé sur depuis l’âge de quatorze ans pour subvenir aux besoins de sa famille. Jamais il n’aurait délaissé sa mère, sa sœur ou ses frères. Il avait quitté sa campagne natale pour se marier avec ma mère. Comme dans la chanson de Brel, Madeleine c’était son horizon, son Amérique à lui. Je serais bien incapable de dire si la réciproque était valable. Madeleine était-elle une femme heureuse à ce moment décisif de son existence ? Avait-elle jamais été capable d’éprouver ce sentiment ? Un sentiment ? Moi, dans ma petite tête, je ne voyais qu’une chose : j’étais sur le point de trouver une famille. Mon espoir d’assister à la construction de « notre » foyer grandissait, mais, pour elle, il n’en était pas question. Pas avec moi en tout cas, car je rappelais la faute commise et, de toute évidence, j’encombrais la jeune mariée et je lui gâchis le paysage.

Avec les années, j’ai compris que j’étais né bâtisseur. J’ai eu la chance de posséder des maisons, de belles maisons que j’ai restaurées, réhabilitées, aménagées et parfois réinventées. J’ai toujours aimé ça. J’aurais pu en faire mon métier. Madeleine, elle  ne construisait pas. Elle se montrait plus habile dans la destruction massive. Elle possédait toutes les armes pour.

Peu de temps après leur mariage, Madeleine et Hubert se sont installés au-dessus d’une charcuterie. Il fallait grimper un escalier minable en bois pour accéder à leur appartement sous les combles. On refermait vite la porte pour éviter les relents de tripes fraîches émanant de la cour. Si on n’y prenait pas garde, l’odeur peu ragoûtante et tenace nous collait à la peau et aux habits. On avait un mal de chien à s’en débarrasser. Je réalise que chaque étape de ma vie est marquée par une odeur. C’était ça, pour moi, Issoire, tandis que la Normandie c’étai le foin, la mer, les embruns, les vaches, les écuries, le beurre.

Je me rappelle une scène terrible survenue aux premières heures de notre nouvelle vie ; dans ce que l’on appellerait aujourd’hui « notre famille recomposée »… Il me plaît bien Hubert. Ma mère le sait. Elle le sent. Les choses doivent être bien claires dès le départ. Sans demander l’avis de son mari, elle réfléchit tout haut, en plantant ses yeux droit dans les miens : « Comment vas-tu l’appeler » ? J’ai bien ma petite idée mais je n’ose me lancer car ma mère n’a pas l’habitude de me demander mon avis. Méfiant, je compte un peu sur mon beau-père pour annoncer la couleur. Mon cœur s’emballe. Tout à ma joie d’avoir un confident que je devine attentif et attentionné, un être généreux qui se révélera un guide précieux, un père donc.  Je reste figé. Je ne prononce pas le mot fatidique, mais Madeleine lit dans mes pensées, comme dans un libre ouvert ; elle que je n’avais jamais vue, pour ainsi dire, un livre à la main. Comparée au séisme qui a secoué la maison ce jour-là, la Seconde Guerre mondiale fait figure de pétard mouillé. Furibarde, Madeleine me fusille du regard et s’exclame, coupant court à tout débat. « Tu l’appelleras Hubert ; Tonton Hubert, ce sera très bien » !

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