30 juin 2015 ~ 0 Commentaire

INTERVIEW DE Richard Millet

Millet

Un peu plus d’un an après ce qu’on a appelé «l’affaire Millet», l’écrivain prolifique, éditeur prestigieux chez Gallimard, revient avec trois nouveaux livres publiés simultanément, tout comme en 2011 et en 2012. À cette occasion, nous l’avons rencontré dans les bureaux de son autre éditeur, Pierre-Guillaume de Roux, qui avait publié en 2012 l’objet du délit:Langue fantôme suivi d’Éloge littéraire d’Anders Breivik.

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MA VIE PARMI LES OMBRES

LE FIGARO. – Vous considérez-vous comme une victime ou comme un incompris?

Richard MILLET.Ce qui s’est passé il y a un peu plus d’un ana totalement bouleversé ma vie. À travers cette curée organisée, cette véritable chasse à l’homme, on a visé l’écrivain, et c’est l’un des éditeurs de Gallimard qui a trinqué. Certains ont voulu me faire payer ma liberté de parole sur la littérature française et sur certaines têtes d’affiche. Mais ce qui m’a le plus choqué et ébranlé, c’est qu’Éloge littéraire d’Anders Breivik n’ait pas été lu par mes détracteurs, ni même feuilleté, tout comme De l’antiracisme comme terreur littéraire, paru le même jour. J’ai été victime de l’opprobre jetée par une poignée d’écrivaillons et de journalistes, condamné au bannissement, et ce, à partir d’une non-lecture. Avec l’épilogue que l’on sait: ma démission contrainte et forcée du comité de lecture de Gallimard, maison où je suis désormais interdit de séjour, malgré le soutien d’Antoine Gallimard. Tout cela ­faisait désordre… J’y reste simple lecteur et éditeur. Désormais, on m’envoie les manuscrits par ­coursier…

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Depuis votre premier roman, L’Invention du corps de saint Marc, paru chez POL en 1983, pensez-vous être parvenu à la fin d’un cycle?

J’ai surtout le sentiment qu’une page de ma vie s’est tournée, définitivement. Avec Une artiste du sexe, je pense avoir fait le tour du roman. C’est un genre très fatigué. Franchement, depuis dix ans, je n’ai rien lu qui m’ait vraiment enthousiasmé ou transporté, même si j’ai beaucoup d’estime pour l’œuvre de Javier Marias ou de l’Estonienne Viivi Luik. Depuis cet été, je fais mon retour vers la poésie. Ça concentre tout ce qui m’intéresse, y compris le spirituel. C’est vital pour moi. J’ai déjà composé une centaine de poèmes, qui probablement seront publiés un jour. La poésie du XXe siècle ne m’a jamais quitté, celle de La Descente de l’Escaut de Franck Venaille, celle endiablée et vertigineuse de Christophe Tarkos, disparu prématurément, celle de Jude Stefan, digne héritier deCatulle et des petits maîtres baroques, sans oublier Pierre Jean Jouve ou le Franco-Roumain Benjamin Fondane, assassiné à Auschwitz. Je pourrais en citer tant d’autres. La liste est longue. Mon regain d’intérêt pour la poésie se manifestait déjà dans mon essai Esthétique de l’aridité, qui prône un cheminement vers les cimes, à travers l’ascèse et la frugalité. À l’opposé de la dictature actuelle de l’hédonisme à tout crin.

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