30 juin 2015 ~ 0 Commentaire

INTERVIEW DE Jean-Michel Riou

jean michel riou, jean-michel Riou

Kernews : Vous venez de publier «Les Glorieux de Versailles» qui prolonge cette série consacrée à Versailles, puisqu’il y a eu «Un jour je serai Roi », «Le Roi noir de Versailles » ou «Versailles, le palais de toutes les promesses ». On ne sait pas s’il s’agit d’ouvrages d’histoire ou de fiction : vous avez évidemment la volonté de vous rapprocher le plus possible des personnages, des dates et des réelles conditions de vie de l’époque, c’est un travail d’historien, mais vous y ajoutez aussi une part de fiction…

 

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Jean-Michel Riou : Histoire ou roman ? Où commence l’histoire ? Où s’arrête l’Histoire avec un grand H ? La règle que je me suis fixée, c’est de prendre les faits historiques tels qu’ils sont, authentifiés, approuvés, datés, labellisés par les historiens. Ce qui m’amuse, c’est de relier ces évènements, qui n’ont pas forcément de lien commun au premier abord. Ensuite, j’imagine le parcours humain et psychologique des personnages. Je prends un exemple, qui n’est pas tiré des «Glorieux de Versailles», mais d’un autre roman, «L’Eclipse du Roi soleil» : je fouille dans les mémoires de Vallot, qui était le premier médecin du Roi, et je comprends pourquoi on le surnommait aussi «le miraculé». À 20 ans, Vallot est complètement désemparé. On vient d’achever la bataille des Dunes, Louis XIV défile pour saluer son armée, mais il est pris d’un malaise. On le descend de son cheval et il tombe dans un coma qui dure plusieurs jours. Vallot écrit dans ses mémoires que c’était comme s’il avait été piqué par un venin… Évidemment, pour le romancier, ce fait historique est très prometteur. Est-ce un empoisonnement ? S’il y a empoisonnement, est-ce un complot ? Quand vous commencez à fouiller et à relier les événements, cela devient incroyable parce qu’au fond, tout est lié. Les prémisses de la fameuse affaire des poisons, qui va être un ouragan pour le royaume, sont incluses dans cette histoire. La réalité dépasse la fiction et c’est une manne extraordinaire pour le romancier. Il ne faut pas la trahir, mais la respecter et il faut savoir, à partir de ces faits authentifiés, les pétrir pour arriver à une belle levure, un bon pain levé qui est, je l’espère, un bon roman.

Vous vous intéressez aussi à la vie de ces personnes banales qui vivent des moments historiques. La facilité aurait été de nous plonger dans le cœur des personnages les plus proches du pouvoir mais, chaque fois, on retrouve des gens ordinaires qui participent à l’histoire parce qu’ils se trouvaient là au bon moment…

 

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Chaque petite pierre de Versailles est marquée par celui qui l’a scellée. Il y a une dimension purement matérielle, carc’est comme cela que l’on comptait le nombre de pierres posées et que l’on payait les travailleurs. Mais il y a aussi une dimension affective. Il y a un lien extrêmement fort entre les bâtisseurs et Versailles. Imaginez des milliers d’hommes et de femmes, appelés par ce bruit sourd retentissant dans les campagnes : le Grand Roi, celui que l’on appellera plus tard le Roi Soleil, veut construire le plus grand, le plus fabuleux, le plus extraordinaire palais d’or et d’argent du monde. Pour ces gens qui sont apprentis, qui vont devenir compagnons, puis maîtres bâtisseurs, pour ces gens qui ont le sens du travail, l’envie du chef d’œuvre est une promesse extraordinaire et c’est cela que leur offre le Roi Soleil.

Quand on parle des bâtisseurs, comme vous venez de le faire, on pense à des gens qui sont fiers d’être là et de bâtir. Mais l’intérêt de cet ouvrage est aussi que vous vous placez du côté des coulisses. D’abord, ils viennent de toute la France. Ce n’est pas la France que l’on connaît, elle est éclatée entre des provinces différentes, entre des patois différents, le Breton et le gars qui vient de l’Oise ne se comprennent pas, la sélection est rigoureuse… Ils ont des salaires de misère et seulement le dimanche pour se reposer. Derrière le mot bâtisseur, il y a quelque chose de grandiose, mais les coulisses sont quand même très sombres. Cela a d’ailleurs été ainsi pour les Pyramides ou le Canal de Suez…

 

Oui, sans compter les milliers de blessés et de morts, les maladies, les épidémies… Ces gens ordinaires vivent une vie extraordinaire, par l’ambition et l’enjeu du projet mais, en même temps, une vie très dure…

Vous écrivez : «Jambes broyées, bras arrachés, yeux crevés, la liste des estropiés était longue et quotidienne…»

On va ajouter une démonstration encore plus morbide : le prix d’un homme valait moins que le prix d’un cheval… Pour un apprenti qui était tué, on donnait environ 20 livres à la famille, mais le prix d’un cheval était de 40 livres. La relation avec le travail était très différente. Ce qui compte, c’est celui qui peut souffrir le plus, celui qui peut faire le plus dans la journée.

Qu’est-ce qui a amené tous ces gens vers Versailles alors que l’on le sait que l’unité nationale, telle que l’on la connaît aujourd’hui, n’existait pas puisqu’à l’époque on raisonnait en fonction de sa province ?

C’était la faim, pour beaucoup, et c’était aussi l’idée du chef d’œuvre pour d’autres. Cette idée du compagnonnage était très forte à l’époque. Un apprenti payait pour entrer chez un maître et, en retour, le maître le nourrissait et le faisait travailler. Il le payait un tout petit peu au bout d’un certain temps. Il y a aussi l’idée, pour beaucoup, de participer à un projet qui peut les élever. C’est une société qui, contrairement à ce que l’on dit souvent, permettait l’accomplissement de soi-même et la réussite personnelle.

Avec un ascenseur social…

Il y avait un vrai ascenseur social. Par exemple, les maîtres bâtisseurs, notamment les maçons, constituent une corporation extrêmement puissante. On organisait des mariages entre les clans de manière à renforcer encore le poids et la puissance de ces gens. Le grand espoir, c’était d’avoir son banc avec son nom à Notre-Dame et d’être anobli. C’estarrivé pour certains. Il y avait cette idée de la gratification et de la réussite par l’excellence et par le travail. Louis XIV était très sensible à cela, parce qu’au fond, anoblir les gens ou leur offrir des gratifications, c’était une manière de rapprocher les gens et, surtout, de leur donner l’espoir de la réussite.

 

Lire la suite ici : http://kernews.radiosite.fr/podcasts/jean-michel-riou-%3A-%C2%AB-versailles-est-une-soci%C3%A9t%C3%A9-qui,-contrairement-%C3%A0-ce-que-l%E2%80%99on-dit-souvent,-permettait-l%E2%80%99accomplissement-de-soi-m%C3%AAme-et-la-r%C3%A9ussite-personnelle-%C2%BB-47

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