27 juin 2015 ~ 0 Commentaire

L’HYMNE DES DEMONS

 

demons1-5f7ceL’autre, un clerc d’une vingtaine d’années, commença d’une voix hésitante :

— Ce jourd’huy, 16e octobre 1740, j’aie soubsigné Johann Jakob Viskari , mestre chirurgien, recteur de l’université, doyen de la faculté de médecine de la ville de Fribourg en Bresgau, expert nommé d’office, certifié à tous qu’il appartiendra qu’en vertu de la requeste de Monsieur le Schultheiß, représentant le Magistrat de ladite ville, par exploit à moy donné cejourd’hui par icelui, après serment par moy prêté par-devant le Magistrat susnommé en ladite justice pour procéder à la visite du cadavre du dénommé Gerhard Jakobus, apporté à l’université par ledit Magistrat. Et ayant veüe ledit cadavre d’un jeune homme d’environ dix-sept ans, j’aurais remarqué audit cadavre la tête toute fracturée avec lividité exputescite, présentant une fracture, avec enfonçure pénétrante jusqu’aux méninges du cerveau, à la partie moyenne du canal près la structure sagittale, partie droite. Laquelle blessure possédant une forme arrondie, ce que j’ay croix que la chose est arrivée par le piétinement sur la teste dudit Gerhard Jakobus du sabot d’un cheval de bon poids. Les mots du jeune homme avaient résonné sous les boiseries sculptées de la salle d’anatomie. Kaspar fixait un tableau ancien représentant Jésus enseignant au Temple. Pris d’une soudaine résolution, il se dirigea vers la table où reposait le cadavre et, avec délicatesse, souleva le drap. Le corps était celui d’un adolescent robuste en parfaite santé. Il le trouva très paˆle, comme une statue de marbre : les assistants de Viskari l’avaient sans doute déshabillé et frotté de vinaigre pour éviter toutes les impuretés et les odeurs qui auraient pu gêner l’examen. Le visage n’existait plus et la forme du sabot se dessinait sur ce qui avait été le craˆne de Gerhard Jakobus. Fait curieux, l’animal, pour obtenir un tel résultat, avait dû appuyer un petit moment, guidé par son cavalier. Ce n’était pas un accident. Il se retourna vers les autres qui avaient détourné le regard : le corps du garçon n’était pas beau à voir. Il se demanda comment le vieillard réagirait en découvrant son fils dans cet état, encore que le père Jakobus en ait connu d’autres.

Viskari se frotta les mains et se rapprocha de nouveau de la table :

— Maintenant, nous allons procéder à l’examen interne. Notez mon ami. Pendant que le médecin, à l’aide d’une longue lame, procédait à une incision en Y de l’abdomen, le clerc revint vers l’écritoire et reprit sa plume. Kaspar nota qu’il était blême et tremblait de tous ses membres. — E´ crivez : Et ayant fait l’ouverture de la poitrine je n’aI trouvé aucun  épanchement de sangs n’y dans le cœur. — La cause de la mort ? l’interrogea Kaspar. — Voyons, murmura le médecin. Hum… Le cœur est normal, ainsi que les viscères. Aucune plaie suspecte, ni odeur qui pourrait faire suspecter un empoisonnement… Je ne vois rien d’autre en vérité que l’écrasement du craˆne. Les matières du cerveau ont été expulsées hors de la calotte cranienne fracturée. Les miliciens qui ont découvert le corps en ont-ils vu les traces ? Le chef de la milice qui regardait par la fenêtre à petits carreaux colorés sursauta : — Oui… Du sang, il y en avait mais séché. En grosses quantités. Il était répandu sur les feuilles de la clairière ou` nous avons trouvé le garçon… avec… ce qui restait de sa cervelle.

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