24 juin 2015 ~ 0 Commentaire

LA DERNIERE CHAMANE

 

CHAMANEJe vivais replié sur moi-même, oubliant tout ce qui m’entourait. A présent, j’ai l’impression d’être un papillon tout juste libéré de sa chrysalide. Quand la métamorphose a-t-elle eu lieu ? Dans l’atmosphère étouffante de Chaco Canyon ? Dans le hogan navajo à côté de John Wheeder ? Au contact d’Elisabeth et de son enthousiasme contagieux ? Et d’où me vient cette soudaine passion ? Probablement de Dieu, car le spectacle de la danse de l’aigle ou le son des tambours me procurent la même ivresse que les grandes orgues des cathédrales d’Europe.

Je devine ; Sa main derrière chacune de mes actions ; Je sais maintenant que ce n’est pas un hasard si j’ai découvert la jarre dorée. Le Tout-Puissant m’a guidé jusqu’à elle afin que je déchiffre les symboles qui la décorent et retrace le destin des Anasazis. Et j’y parviendrai, même si je dois consacrer ma vie à cette tâche.

Une route nouvelle s’ouvre devant moi. Je ne l’ai pas vue venir, et pourtant elle est là. Mais au lieu d’avancer en ligne droite, cette route s’étend dans toutes les directions, comme les motifs peints sur la jarre, me reliant à toutes choses. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec un ancien de la tribu des Dieguenos, ainsi appelée parce qu’elle vit dans le comté de San Diego. Ces Indiens s’appellent eux-mêmes par un autre nom. Le vieil homme m’a raconté qu’à leur arrivée, les Européens ont regroupé les indigènes dans des missions, les ont baptisés, leur ont donné de nouveaux noms afin de les couper de leurs tribus et de leurs traditions. Lui-même avait oublié le nom d’origine de son peuple, ses mythes et sa langue. Il s’appelait désormais José Rivera : un Indien de pure souche, affublé d’une identité d’homme blanc.

Qu’est-il advenu de sa culture ? S’est-elle évanouie comme se sont évanouis les anciens habitants : de Chaco Canyon ? Quels mystères dissimulent les sables du désert ? Ces questions attisent ma curiosité ; Moi-même, je peux voir remonter les branches de mon arbre généalogique jusqu’au XVIè siècle, où un forgeron anglais prénommé Richard vivait au pied d’une haute tour. Tout homme a le droit de savoir d’où il vient.

Je comprends mieux les larmes d’Elizabeth le jour où des vandales ont pris des pétroglyphes pour cible. Pour ma part, je pleure sur José Rivera…..

J’ai compris autre chose (les nuits à la belle étoile favorisent l’introspection). Quand je pense à l’homme que j’étais avant qu’Abigail Liddell fasse irruption dans ma vie, je ne vois qu’un égoïste convaincu d’entretenir une relation privilégiée avec le Tout-Puissant, qui passait son temps à pontifier sur le bien et le mal et à rabâcher les Ecritures. Comme j’étais fier de mon humilité !

Si je persiste à chercher des chamanes disparus, c’est dans un tout autre but, je sais à présent que j’ai été envoyé ici pour sauver une culture de l’oubli et de la restituer à ceux qui en ont été privés.

Je cède ce livre ici : http://bibliothequecder.unblog.fr/2014/12/16/la-derniere-chamane/

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