23 mai 2015 ~ 0 Commentaire

INTERVIEW DE Philip Roth

 

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Philip Roth arrête d’écrire : la nouvelle, tombée en octobre 2012, a suscité de nombreux commentaires que l’auteur américain était loin d’envisager. Rencontré quelques mois plus tard à New York, non seulement il s’estimait “heureux” de sa décision, mais il revenait avec lucidité sur son parcours, celui d’un écrivain de son époque.

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LE COMPLOT CONTRE L’AMERIQUE

Si vous aviez eu des enfants, vous leur auriez conseillé de ne pas devenir écrivains. Pourtant vous avez voulu, vous, être écrivain…

Quand on décide « de devenir écrivain », on n’a pas la moindre idée du genre de travail que cela représente. Quand on commence, on écrit spontanément à partir de son expérience assez limitée du monde non écrit et du monde écrit. On est plein d’une exubérance naïve. « Je suis un écrivain ! » C’est une joie du même genre que « J’ai quelqu’un dans ma vie ! » Mais y travailler jour après jour ou presque pendant cinquante ans – que ce soit à être écrivain ou amant – est une tâche d’une exigence extrême ; c’est loin d’être la plus agréable des activités de l’homme.

Etiez-vous heureux de cette décision ?

Evidemment. J’appartenais à une génération d’écrivains américains nés dans les années 1930 ; nous arrivions après Hemingway – nous étions enivrés par l’ardeur de Gustave Flaubert, la profondeur morale de Joseph Conrad, la majesté des compositions de Henry James – et nous étions convaincus que nous embrassions un métier sacré. Les grands écrivains étaient pour nous les saints de l’imaginaire. Moi aussi, je voulais être un saint.

 

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Généralement, les écrivains qui cessent d’écrire ne le disent pas, contrairement à vous…

Ils ne doivent pas vouloir qu’on sache qu’ils ont arrêté. C’est probablement vrai. Ils ne veulent pas que l’on sache que leur magie n’opère plus. Je ne suis pas vraiment allé le clamer sur tous les toits non plus. Une jeune femme, Nelly Kapriélian, est venue m’interviewer pour un magazine français, Les Inrockuptibles, et vers la fin de l’entretien, elle m’a demandé : « Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? » Et je lui ai répondu : « Sur rien du tout. » Elle m’a demandé : « Pourquoi cela ? » et je lui ai dit : « Je crois que c’est fini. Je crois que je suis fini. » Et voilà, rien de plus. Je n’avais pas eu l’intention de faire une déclaration destinée à provoquer un délire. J’ai juste répondu franchement à une question directe posée par une bonne journaliste. Quelques mois plus tard, en Amérique, un journaliste plein d’enthousiasme a dû ramasser d’un air absent un vieux numéro des Inrockuptibles chez le coiffeur où il allait se faire couper les cheveux et il a publié l’information, mal traduite du français par Google dans un anglais plein d’inexactitudes et assez comique.

Vous ne pensiez pas que cela serait tant commenté ?

Non.

Avez-vous seulement dit que vous arrêtiez d’écrire de la fiction ?

En tous cas, je n’ai plus écrit de fiction, ça c’est sûr. Comme je vous l’ai dit auparavant, j’écris des pages et des pages de commentaires pour mon biographe, mais ce n’est pas de la fiction. Ça ne peut pas en être. Il n’y a là-dedans aucune détresse.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/

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