UN LIEU INCERTAIN
EXTRAIT DU LIVRE :
Il était quinze heures, il fallut attendre le temps de la réplétion pour que les agents s’animent et s’informent de ce qui s’était passé dehors, au juste. On savait que Retancourt filait le train d’un gars –qui laissait mal augurer de l’avenir du gars – escortée par une brigade de Garches, trois voitures et quatre motos. Mais elle n’envoyait pas de nouvelles, et Adamsberg venait de préciser qu’elle avait décollé avec plus de trois minutes de retard et un coup au plexus….
— Et qu’est-ce qu’ils vont en faire ? demandait Estalère d’une voix tremblante. Trouver vingt personnes sans pieds pour les recoller avec ? Et après ?
— Dix personnes, interrompit Danglard. Si on a vingt pieds, cela fait dix personnes.
— D’accord, admit Estalère.
— Mais il semble qu’il n’y en ait pas plus de dix-huit. Ce qui nous fait neuf personnes.
— D’accord. Mais si les Anglais avaient un problème avec neuf personnes sans pieds, ils seraient au courant, non ?
— S’il s’agit de personnes, dit Adamsberg. Mais s’il s’agit de corps, pas forcément.
Estalère secoua la tête.
— Si les pieds ont été coupés sur des morts, précisa Adamsberg. Cela nous donne neuf cadavres sans pieds, et ils ne le savent pas. Je me demande, poursuivit-il d’une voix plus lente, quel est le mot pour dire « couper les pieds » ? Ôter la tête de quelqu’un, c’est « décapiter ». Pour les yeux, « énucléer », pour les testicules, « émasculer ». Mais pour les pieds ? Que dit-on ? « Épédestrer » ?
— Rien, dit Danglard, on ne dit rien. Le mot n’existe pas parce que l’acte n’existe pas. Enfin, il n’existait pas encore. Mais un type vient de le créer, sur le continent inconnu.
— C’est comme pour le mangeur d’armoire. Il n’y a pas de mot.
— Thékophage, proposa Danglard.
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