23 février 2015 ~ 0 Commentaire

LES PILIERS DE LA CREATION

EXTRAIT DU LIVRE :  (L’épée de la vérité) T.7

t7lespiliersdelacreation« Le mal ne tente pas de nous séduire en nous révélant l’atroce réalité de ses plans monstrueux. Au contraire, il vient à nous drapé des robes diaphanes de la vertu et nous murmure à l’oreille des mensonges enchanteurs qui visent à nous entraîner au plus profond du lit obscur de nos tombes éternelles. » Traduction du journal de Kolo

Chapitre premier
En fouillant dans les poches du cadavre, Jennsen Daggett découvrit la dernière chose au monde qu’elle se serait attendue à trouver. Très surprise, elle s’assit sur les talons, et, tandis qu’un vent mordant ébouriffait ses cheveux, regarda fixement les deux mots écrits en lettres capitales sur le petit morceau de parchemin – qui avait été plié en quatre avec une grande précision, afin que les bords se recoupent au centième de pouce près.

Jennsen cligna des yeux, comme si elle espérait que les mots disparaissent. Mais ils restèrent bien présents, car ils n’avaient rien d’une illusion.

Si absurde que fût cette idée, la jeune femme continuait à redouter que le soldat mort soit en train de l’épier, à l’affût de sa moindre réaction. Prenant garde à rester impassible malgré la tempête qui faisait rage en elle, Jennsen sonda les yeux du mort. Ils étaient voilés et ternes, constata-t-elle. Certains défunts, disait-on, semblaient tout simplement endormis. Ce n’était pas le cas de cet homme aux yeux éteints, aux lèvres déjà bleues et à la peau cireuse. À l’arrière de son cou de taureau, une grosse rougeur tournait déjà au violet.

Comment aurait-il pu épier Jennsen ? Ce soldat ne voyait plus rien, c’était évident. Mais avec sa tête tournée vers la jeune femme, on aurait pu croire qu’il la fixait. En tout cas, elle pouvait l’imaginer.

Au sommet de la falaise, derrière elle, les branches nues des arbres malmenés par le vent se heurtaient en cliquetant sinistrement comme des os. Le morceau de parchemin, entre les doigts de Jennsen, semblait vibrer au même rythme, et elle sentait les pulsations de son cœur, déjà emballé, s’accélérer encore.

La jeune femme avait un esprit clair et logique et elle en était très fière. À l’évidence, aujourd’hui, elle se laissait emporter par son imagination. Mais c’était le premier mort qu’elle voyait : un être humain immobile au point d’en devenir grotesque. Ce soldat ne respirait plus, et… c’était tout simplement terrifiant.

Jennsen inspira à fond pour contrôler les mouvements de sa poitrine. Si elle ne pouvait rien pour ses nerfs, qui menaçaient de craquer, elle gardait une certaine emprise sur son corps.
Même s’il était mort, elle n’aimait pas que ce type la regarde ! Se levant, elle tira sur l’ourlet de sa robe, contourna le cadavre puis replia le morceau de parchemin en quatre, comme lorsqu’elle l’avait trouvé, et le rangea dans sa poche. Elle s’inquiéterait de cela plus tard, même si elle devinait comment sa mère réagirait aux deux mots écrits en lettres capitales.

Décidée à en terminer vite, elle s’agenouilla de l’autre côté du mort et continua sa fouille. À présent, le soldat semblait regarder la corniche d’où il était tombé, à croire qu’il cherchait à savoir comment il avait pu finir, la nuque brisée, au pied de la paroi rocheuse qu’il longeait.

Le manteau du mort n’avait pas de poches. Deux sacoches pendaient à sa ceinture. La première contenait une fiole d’huile, des pierres à aiguiser et une bande de cuir à rasoir. L’autre était remplie de morceaux de viande séchée. Aucune des deux n’apprit quelque chose à Jennsen sur l’identité du cadavre.

S’il avait été plus malin, comme elle, il aurait suivi le chemin le plus long, au pied de la falaise, plutôt que de passer par la corniche, très dangereuse à cette époque de l’année à cause des plaques de verglas. Et s’il n’avait pas eu envie de rebrousser chemin afin de redescendre dans le canyon, il aurait été plus inspiré de traverser les bois, même si les ronces y formaient par endroits des obstacles difficiles à franchir.

Mais ce qui était fait était fait… Si Jennsen trouvait un indice sur l’identité du mort, elle pourrait contacter ses parents, ou au moins certaines de ses connaissances. Les proches de cet homme voudraient savoir ce qu’il était devenu. C’était toujours comme ça, entre amis, n’est-ce pas ?

Jennsen se demanda une nouvelle fois ce que ce soldat faisait là. En réalité, le morceau de parchemin soigneusement plié le lui indiquait clairement. Cela dit, il pouvait y avoir une autre raison.

Elle brûlait de la découvrir…
Mais si elle voulait fouiller l’autre poche du cadavre, elle devait déplacer un peu son bras.
— Esprits du bien, pardonnez-moi…, souffla-t-elle en saisissant le poignet du mort.

Le bras du soldat refusa de se plier et bougea difficilement. Jennsen plissa le nez de dégoût. L’homme était aussi glacé que le sol sur lequel il reposait et que les gouttes de pluie qui tombaient sporadiquement du ciel. À cette époque de l’année, un vent d’ouest si froid charriait le plus souvent de la neige. Le crachin inhabituel avait sans doute contribué à rendre la corniche plus glissante – malheureusement pour le soldat.

flèche à droiteJe vends ce livre ICI : http://bibliothequecder.unblog.fr/2014/10/13/les-piliers-de-la-creation-lepee-de-la-verite-t-7/

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

A Book Please |
Quidam |
Mon Sang d'Encre |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Lectureinfernale
| Un pour tous tous pour un
| Laloba54