23 février 2015 ~ 0 Commentaire

L’AME DU FEU

EXTRAIT DU LIVRE :  ( L’épée de Vérité) T.5

images (1)–Je me demande pourquoi les poulets sont aussi énervés, dit Richard.
Kahlan se serra plus fort contre son épaule.
— Ton grand-père leur casse peut-être autant les pieds qu’à nous, avança-t-elle.
Son compagnon ne répondant pas, elle leva les yeux vers lui, l’étudia à la faible lueur du feu et vit qu’il regardait fixement la porte.
— Ou ils sont peut-être grognons parce que nous les avons empêchés de dormir toute la nuit…
Richard sourit et embrassa le front de la jeune femme. Dehors, les caquètements venaient de cesser. Kahlan supposa que les enfants du village, toujours occupés à fêter dignement le mariage, avaient chassé les volailles de leur perchoir favori, à savoir le muret qui se dressait devant la maison des esprits. Elle fit part au Sourcier de sa déduction.

De lointains échos de conversations, d’éclats de rire et de chansons pénétraient dans leur sanctuaire. Le parfum du bois aromatique qui brûlait en permanence dans la cheminée de la maison sacrée se mêlait à celui de la sueur née de la passion amoureuse et à l’odeur épicée des poivrons et des oignons frits.

Un moment, Kahlan regarda la lueur des flammes se refléter dans les yeux gris de son mari. Puis elle s’abandonna de nouveau entre ses bras, bercée par le son étouffé des tambours et des boldas.

En frottant des palettes de bois le long des arêtes sculptées de ces instruments creux en forme de cloche, les musiciens du Peuple d’Adobe produisaient une mélodie mystérieuse et lancinante. Sur le chemin qui la conduisait vers les plaines, cette musique s’infiltrait dans le refuge des deux jeunes gens, invitant les esprits des ancêtres à se joindre aux festivités.
Richard tendit un bras et prit un morceau de pain de tava sur le plateau que Zedd, son grand-père, leur avait apporté.

— Il est encore chaud, dit-il. Tu en veux ?
— Le seigneur Rahl a faim ou il s’est déjà lassé de sa nouvelle épouse ?
— Nous sommes vraiment mariés ? lança Richard avant d’éclater de rire. Ce n’était pas un rêve ?
Kahlan frissonna de bonheur. Ces derniers temps, elle avait si souvent imploré les esprits du bien de rendre à Richard la capacité de rire. De la leur rendre à tous les deux, à vrai dire…
— C’est un rêve devenu réalité…, souffla-t-elle.
Vexée qu’il lui préfère un morceau de pain, elle l’en détourna en exigeant un baiser… qu’il ne lui refusa pas. Alors qu’il la serrait dans ses bras, elle sentit s’accélérer le souffle du jeune homme.

Rassurée, Kahlan fit remonter ses mains le long des épaules et du cou musclés de Richard et laissa ses doigts fins vagabonder dans ses cheveux emmêlés par la sueur.
Une nuit comme celle-là, dans un passé qui lui semblait très lointain – mais qui ne l’était pas –, près de la cheminée de la maison des esprits, Kahlan avait compris qu’elle était désespérément amoureuse de Richard – et condamnée, avait-elle cru, à garder ses sentiments secrets jusqu’à la fin de sa vie. Au terme de dures batailles et de déchirants sacrifices, le Sourcier et la Mère Inquisitrice avaient été « adoptés » par le Peuple d’Adobe, pourtant connu pour ne pas porter les étrangers dans son cœur. Bien plus tard, toujours dans la maison des esprits, après qu’il eut réussi l’exploit réputé impossible d’aimer une Inquisitrice sans y perdre sa personnalité et son âme, Richard l’avait demandée en mariage. En toute logique, ils avaient choisi de passer leur nuit de noces – si longtemps attendue – dans ce lieu chargé de tant de souvenirs.

Bien que l’amour et lui seul en fût la raison, leur mariage scellait aussi l’alliance officielle des Contrées du Milieu et de D’Hara. Célébrée dans une capitale des Contrées, la cérémonie aurait été aussi somptueuse qu’un couronnement, avec le faste, la splendeur et le luxe que cela impliquait. Bref, toute l’histoire de la vie de l’Inquisitrice, avant sa rencontre avec Richard. Parce qu’ils étaient « candides », aux yeux des gens « civilisés », les Femmes et les Hommes d’Adobe comprenaient les raisons – tellement simples – du mariage des deux jeunes gens, et ils ne doutaient pas un instant de leur sincérité. Aux yeux de Kahlan, une union joyeusement fêtée avec de vrais amis – et même un peu plus que cela : des parents – valait cent fois les mascarades protocolaires qu’on lui aurait infligées chez elle.

Pour ces braves gens, qui menaient une vie pénible et périlleuse dans les plaines du Pays Sauvage, une fête comme celle-là était une occasion de se réjouir, de danser, de chanter et de raconter des histoires. Aucun autre étranger n’ayant jamais été adopté par le Peuple d’Adobe – sans parler de deux ! –, ce mariage était sans précédent. Kahlan devinait qu’il aurait un jour sa place parmi les légendes que les danseurs aux visages couverts de boue blanche et noire, splendides dans leurs costumes de fourrure et d’herbe, aimaient à faire revivre en prélude aux conseils des devins.

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