23 février 2015 ~ 0 Commentaire

LA FOI DES REPROUVES

EXTRAIT DU LIVRE : (L’Epée de vérité) T.6

 ScrollElle ne se souvenait pas de sa mort.
Avec une angoisse diffuse, elle se demanda si les voix furieuses qu’elle entendait à peine – comme si elles venaient de très loin – signifiaient qu’elle allait de nouveau connaître l’expérience la plus ultime qui soit : sombrer dans le néant.

Si c’était le cas, elle ne pouvait absolument rien faire.

Alors qu’elle ne se rappelait pas sa fin, elle gardait une vague réminiscence de murmures solennels affirmant qu’elle avait cessé de vivre et dérivait désormais vers les ténèbres du royaume des morts. Puis un homme avait posé ses lèvres sur les siennes et empli ses poumons inertes du souffle de la vie. Par cet acte en apparence très simple, il l’avait ramenée dans le monde des vivants. Mais qui avait tristement déclaré qu’elle venait de mourir ? Et qui était son sauveur ? Elle ignorait la réponse à ces deux questions…

Cette première nuit, quand elle avait recommencé à mieux percevoir les voix désincarnées, au point de saisir quelques mots, elle avait compris que les personnes qui l’entouraient ne croyaient pas en ses chances de voir le soleil se lever. Malgré sa résurrection, on continuait à penser qu’elle était condamnée. Une erreur, à l’évidence, puisqu’elle avait d’abord survécu jusqu’au matin, puis revu plusieurs fois l’obscurité céder la place aux premières lueurs de l’aube.

S’était-elle accrochée à la vie grâce aux mots d’amour et aux encouragements vibrants de tendresse désespérée qu’un homme lui avait chuchotés à l’oreille, cette première nuit ? Cela se pouvait, mais là non plus, elle n’était sûre de rien…

S’il ne lui restait aucun souvenir de sa mort, la douleur précédant son passage dans l’oubli éternel était gravée comme au fer rouge dans sa mémoire. Et cette souffrance, elle le savait, la hanterait jusqu’à son dernier souffle.

Seule dans la campagne, elle avait sauvagement lutté contre des hommes qui l’entouraient comme une meute de chiens de chasse acharnés à déchiqueter un lièvre. Dans l’obscurité, leurs rictus mauvais révélant des dents semblables à des crocs, ils l’avaient frappée jusqu’à ce qu’elle s’écroule, puis achevée à coups de pieds dans les côtes.

Le craquement de ses os brisés… Le sang qui maculait les mains et les bottes… de ses bourreaux… La stupéfiante terreur de sentir ses poumons se vider à jamais de leur air… L’angoisse de ne même plus pouvoir hurler de douleur… Le sentiment que sa chute dans les profondeurs de la mort durerait une éternité contenue dans une unique seconde…

Quelque temps plus tard – des heures ou des jours, c’était impossible à dire –, alors qu’elle reposait entre des draps propres, dans un lit inconnu, elle avait ouvert les yeux pour les plonger dans le regard gris d’un homme. Et découvert à cet instant que le monde réservait à certains êtres un calvaire bien pire que celui qu’elle avait enduré.

Elle ignorait le nom de son sauveur. Voyant l’angoisse qui voilait son regard, il lui était apparu sans l’ombre d’un doute qu’elle aurait dû le connaître. L’identité de cet homme comptait plus que la sienne – que la vie elle-même, en réalité. Mais ce prénom refusait de lui revenir, et rien, tout au long de son existence, ne l’avait jamais autant emplie de honte.

Depuis, chaque fois qu’elle baissait les paupières, elle revoyait ce regard dévasté où brillait pourtant, au cœur de l’angoisse, une espérance dont la source ne pouvait être qu’un amour infini. Cette lumière ne devait pas s’éteindre. Elle n’avait pas le droit de la laisser mourir. Même quand les ténèbres menaçaient d’engloutir son esprit encore détaché de la vie, elle devait lutter. Pas pour elle, mais pour lui.

Le prénom de l’homme était enfin remonté des profondeurs de sa mémoire. La plupart du temps, il restait à la surface, sauf quand la douleur revenait, presque aussi insupportable que la nuit de sa mort. À ces moments-là, elle oubliait jusqu’à son propre nom…

Aujourd’hui, alors qu’elle entendait des hommes en colère prononcer le prénom de son sauveur, elle savait qui elle était – et qui il était. Avec une détermination inébranlable, elle s’accrochait à ce prénom – Richard –, aux souvenirs qu’elle gardait de lui et à tout ce qu’il signifiait pour elle.

Depuis qu’elle avait repris conscience, et malgré les angoisses de tous ceux qui l’entouraient, encore inquiets qu’elle ne se remette pas, Kahlan savait qu’elle survivrait. Il le fallait ! Pour Richard, son mari, et pour l’enfant qui grandissait dans son ventre. Leur enfant…

Les voix devenant de plus en plus furieuses, elle se força à ouvrir les yeux et les plissa aussitôt, tétanisée par la douleur qui l’avait laissée en paix – oh ! très relativement – pendant qu’elle dormait.

Une pâle lumière éclairait à peine les contours de la petite pièce où elle reposait. Parce que la nuit tombait, ou parce que quelqu’un avait tiré les rideaux ? À chaque réveil, depuis ce terrible soir, elle était incapable d’estimer combien de temps elle avait dormi. Des heures, des jours, des mois… La durée n’avait plus de sens pour elle.

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