05 février 2015 ~ 0 Commentaire

EXTRAIT DU LIVRE : ROMANS CHAMPETRE DE G.SAND

 

fadetteLa petite Fadette : C’était une jeune fille, presque une enfant, pauvrement vêtue, quoique avec propreté. Sa figure avait une expression saisissante et son attitude une noblesse singulière.

Elle ôta un petit manteau de laine qui lui couvrait les épaules, et, grimpant sur une roche voisine, encore plus élevée que la Roche verte, elle fit tournoyer en l’air cette étoffe rouge comme un drapeau au-dessus de la tête. A l’instant même, de tous buissons d’alentour vint se précipiter sur elle une foule d’oiseaux de diverses espèces, moineaux, fauvettes, linottes, bouvreuils, merles, ramiers, et même quelques hirondelles à la queue fourchue et aux larges ailes noires. Elle joua quelques instants avec eux, les repoussant, faisant des gestes, et agitant son mantelet comme pour les effrayer, en attrapant au vol quelques-uns, et les rejetant dans l’espace sans réussir à les dégoûter de leur amoureuse poursuite. Puis, quand elle eut bien montré à quel point elle était souveraine absolue et adorée de ce peuple libre, elle se couvrit la tête de son manteau, se coucha par terre et feignit de s’endormir. Alors on vit tous ces volatiles se poser sur elle, se blottir à l’envi dans les plis de ses vêtements et paraître magnétisés par son sommeil. Enfin, quand elle réitéra son stratagème, elle les envoya, à l’aide d’une nouvelle pâture s’abattre sur des bruyères, où ils disparurent et cessèrent leur babil.

Il y eut quelque chose de si gracieux et de si poétique dans toute sa pantomime et son pouvoir sur les habitants de l’air semblait si merveilleux, que cette petite scène causa un plaisir extrême aux voyageurs. La négresse n’hésita pas à croire qu’elle assistait à un enchantement, et le curé lui-même ne put s’empêcher de sourire à la gentillesse des élèves, pour se dispenser d’applaudir leur éducatrice.

Un autre jour, elle s’élança sur les rochers qui marquaient le point culminant de cette crête alpestre, et, avec l’agilité d’un chat, elle grimpa de plateau en plateau jusqu’au dernier où dessinant sa silhouette déliée sur le ton chaud du ciel, elle commença à faire flotter son drapeau rouge. En même temps, elle faisait signe aux spectateurs de regarder le ciel au-dessus d’elle, et elle traçait comme un cercle magique avec ses bras élevés pour marquer la région où elle voyait tournoyer les aigles. Mais Sabina regardait en vain; ces oiseaux étaient perdus dans une telle immensité que la vue phénoménale de l’oiselière pouvait seule pressentir ou discerner leur présence. Enfin, elle aperçut quelques points noirs, d’abord indécis, qui semblaient nager au-delà des nuages. Peu à peu, ils parurent les traverser; leur nombre augmenta en même temps que l’intensité de leur volume. Enfin on distingua bientôt leur vaste envergure et leurs cris sauvages se firent entendre comme un concert diabolique dans la région des tempêtes.

Ils tournèrent longtemps, dessinant de grands circuits qui allaient en se resserrant, et quand ils furent réunis en groupes compacts, perpendiculairement sur la tête de l’oiselière, ils se laissèrent balancer sur leurs ailes, descendant et remontant comme des ballons, et paralysés par une invisible méfiance.

Ce fut alors que Madeleine, couvrant sa tête, cachant ses mains dans son manteau et ramassant ses pieds sous sa jupe, s’affaissa comme un cadavre sur le rocher , et à l’instant même cette nuée d’oiseaux carnassiers fondit sur elle, comme pour la dévorer.

Ce jeu-là est plus dangereux qu’on ne pense, dit Téverino, en prenant le fusil de Léonce dans sa voiture et s’élançant sur le rocher “peut-être que la petite ne voit pas à combien d’ennemis elle a affaire.”

Madeleine, comme pour montrer son courage, se releva et agita son manteau. Les aigles s’écartèrent, mais, prenant ce mouvement passager pour les convulsions de l’agonie, ils se tinrent à la portée, remplissant l’air de leurs clameurs sinistres, et dès que l’oiselière se fut recouchée ils revinrent à la charge. Elle les attira et les effraya ainsi à plusieurs reprises; après moi, elle se découvrit la tête, étendit les bras, et, debout, elle attendit immobile. En ce moment, Téverino éleva le canon de son fusil, afin d’arrêter ces bêtes sanguinaires au passage, s’il était besoin. Mais Madeleine lui fit signe de ne pas craindre, et, après avoir tenu l’ennemi en respect par le feu de son regard, elle quitta le rocher lentement, laissant derrière elle un oiseau mort dont elle s’était munie sans rien dire, et qu’elle avait enveloppé dans un chiffon. Pendant qu’elle descendait les aigles se précipitèrent sur cette proie, et se la disputèrent avec des cris furieux.

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